Prise de conscience

Finalement le tapage a du bon et cela me rend songeur... L'initiative EUCD.info dépasse haut la main la barre des 100 000 signatures et le monde « réel », celui qui ne surfe pas comme je respire, commence à s'intéresser au dossier DADVSI.

D'abord ce sont les médias papier qui ont repris avec plus où moins de bonheur l'énervement des technophiles : l'Humanité, le Monde et bien évidement le Monde Diplomatique. Et la télévision s'y met, sur France 3 Franche Comté. Certes, ce n'est pas encore la grande messe du 20h sur une chaîne nationale mais c'est un pas vers une audience plus large. Sur le net, théâtre des premiers heurts, les intervenants commencent à changer de nature. Prenant le relais du Linuxien essoufflé (dont je fais parti), le prof de Math s'exprime, puis l'avocate au barreau de Paris. Le débat sans trop dériver sur le fond devient plus mature, plus large et donc aussi plus démocratique.

Et enfin ce sont nos représentants qui entrent sur la scène publique avec pour certains quelques bonnes idées. M. Santini, par exemple, qui vient de déposer une proposition de résolution sur les e-pétitions. Inspiré par le phénomène DADVSI, le projet consiste en la modification « du règlement de l'assemblée nationale par l'introduction de la possibilité pour chaque citoyen d'exercer son droit de pétition en ligne ». Ou plus près de notre sujet, M. Suguenot qui dépose une série d'amendements ajoutant au texte initial l'extension de la copie privée au téléchargement sur internet. Moyennant bien sûr quelques euros de plus sur la facture de votre fournisseur d'accès. Ce serait une option pas une taxe, et sans elle télécharger vous rendrait toujours coupable de contrefaçon. C'est sans aucun doute une bonne idée, même si j'ai du mal à trouver les informations permettant de savoir elle tient la route. Ce dont je suis certain, c'est de l'accueil outrée que lui réservent les majors...

Toujours est t-il que le monde du réel s'agite ! Oui, bien sûr, ce n'est pas non plus le raz de marée, mais c'est déjà un effet, papillon peut-être, mais un effet. Et cela redonne un vague espoir... Ceci dit, j'imagine que devant ce spectacle certaines mâchoires doivent grincer bien fort. L'effet de chapeau est bel et bien raté, et le lapin s'est échappé dans la salle. Car même si nous ne sommes que consommateurs pour notre aimé gouvernement, il semble que nous soyons aussi des acteurs. Et ça, dans un brave nouveau monde, je gage que certains auraient préférer l'éviter. Ils voulaient être laissés en paix pour traficoter nos existences pendant que nous nous émerveillerions d'un rose bambin sur la paille. Et bien c'est loupé, pour cette fois, ou du moins je l'espère...

En s'éloignant un peu, toute cette histoire semble avoir un autre sens. Sans chercher à ouvrir un débat que je ne saurai soutenir sur la démocratie directe, je ne peux cependant m'empêcher de me dire que l'e-citoyenneté a peut-être une chance finalement. Ce combat n'est pas gagné, loin de là, mais observer un impact aussi dérisoire soit-il est rassurant. Car n'en déplaise à certains, notre système dit démocratique n'est rien d'autre qu'un fragile jeu de courroies. Pour que les préoccupations du terrain deviennent des idées, puis les idées des choix, des actes et des lois, il faut qu'à chaque étape, à chaque transition, existe une classe d'humains qui parle à l'un et explique à l'autre. De la rue au militant, du militant au cadre, du cadre au parti, du parti au gouvernement, c'est ainsi que notre démocratie s'est construite et a fonctionnée. Jusqu'a ce qu'un jour... avant... je ne sais quand... certaines courroies se sont à l'évidence rompues. Livrée à elle-même, la sphère politique est devenu cette toupie que nous connaissons. Victime des gignole, tournant sur elle-même en jacassant sans fin sur un monde dont elle est absolument déconnectée. La toupie n'apprenant plus, elle pense la vie de la citée selon ses vieilles croyances, ses vieilles craintes, sans réalité, sans nouveauté. Les militants ne sont plus là pour passer le relai et le peuple bougonne dans sa barbe ou à son bonnet. Il ne reste les groupes de lobbying, les derniers interlocuteurs attentifs de notre toupie ésseulée.

Car ce sont eux qui aujourd'hui qui prennent encore la peine d'expliquer à notre toupie le monde tel qu'il est. Ils hantent les couloirs des gouvernements Européens comme nationaux ou participent gracieusement aux commissions de travail. Chaque fois qu'il y a urgence ils répondent présent, pour dispenser un conseil, donner un avis, offrir leurs idées. Et en plus, avouons-le, il savent mettre les formes, ils ont les attentions qui touchent ! Eux seuls ont pensé qu'en ces chaleurs estivales, douceurs et confiseries pour adoucir l'âpreté des débats. Qui, à part eux, aurait eut l'idée de permettre à nos députés de goûter au joies de la musique en ligne et de rendre ainsi supportable la perspective d'un épuisant travail de nuit ? En bref si le bon le peuple n'aime plus la politique, qu'il n'ait pas d'inquiétude. Eux sont là pour s'en occuper et vous apprécierez le résultat...

Or voilà qu'un jour en France, quelques simples gars, son site (eucd.info) et sa pétition provoquent des chaînes de mails, des explosions de blogs de savons, des articles enflammés qui partent d'une communauté pour peu à peu s'étendre au reste de société. Un feu de paille face à l'inéluctable ? Peut-être, on verra cela demain. Mais là où quelque chose change, c'est qu'une nouvelle courroie se constitue et même si, dans ce cas, l'issue n'est pas assurée, la toupie se voit à nouveau irriguée de l'information qui devait lui manquer. Je ne cherche pas à être cynique. Je pense sincèrement que nous avons tous créé cet isolement des femmes et des hommes politiques qui n'ont eu alors d'autre choix que de chercher du sens « ailleurs ».

Plus personne de nos jours ne se définit réellement sur le fil étroit d'un bord politique. Les partis sont aussi morts que nos vieilles courroies. Aujourd'hui nous n'avons que faire d'un programme de parti, nous avons surtout besoin des hommes d'idées. Et de ceux là, j'ose espérer qu'il y en a un peu partout dans l'hémicycle.

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