Pour Jeremy Rifkin, le nucléaire est une chose morte

Notre Nicolas national ne perd jamais une occasion de nous ressortir son éternelle rengaine éculée d'une France qui aurait fait le choix du nucléaire (ce qui est démocratiquement faux). D'un élément essentiel à son indépendance énergétique (ce qui est aussi faux puisque le France n'a plus d'exploitation d'uranium en activité et importe tout son combustible depuis plus de 10 ans). Et enfin, l'argument imparable, d'une énergie qui permet de lutter contre les gaz à effet de serre...

Dans l'interview qui suit, Jeremy Rifkin, qui est sans nul doute beaucoup moins informé et pertinent que notre Nico national, démonte cette vision "à papa" d'un nucléaire qui lutte contre le changement climatique, d'un nucléaire propre, d'un nucléaire bon marché et d'un nucléaire sûr.

Résumons et explicitons un peu les arguments énoncés par Rifkin :

  1. Il y a 443 vieilles centrales nucléaires dans le monde qui ne produisent que 6% de toute l'énergie que nous consommons (pétrole, gaz, renouvelables, etc..). Pour que le nucléaire puisse avoir le moindre impact sur le changement climatique, il faudrait, selon le groupe d'expert sur le climat de l'ONU, que ce chiffre monte à 20%. Cela signifie, à l'échelle mondiale, la construction 1000 nouvelles centrales nucléaires en 25 ans. Et ce pour obtenir cet impact minimum sur le climat. En somme, et en admettant que le nucléaire ne produise pas de CO2 (ce qui est déjà faux si l'on prend en compte l'extraction, l'enrichissement, le transport, le retraitement et la gestion des déchets), il nous faudrait 1500 centrales pour que ce mode de production d'énergie prenne le moindre sens climatique.
  2. Depuis 60 ans l'industrie nucléaire soutient qu'elle saura un jour que faire des déchets. Ce n'est toujours pas le cas et aucune solution, mise à part un enfouissement ultra-problématique, ne pointe le bout de son nez. Plus grave, la majorité des combustibles usagés sont stockés à côté même des centrales, dans des conditions de sécurité rendant beaucoup plus probable un accident à cet endroit que dans le cœur même d'un réacteur (ex. arrêt du refroidissement dans les piscines de combustibles, comme à Fukushima).
  3. L'AIEA a déclaré que l'on commencera à tomber à cours de combustible entre 2025 et 2035, et ce en prenant en compte les seules 400 bouilloires nucléaires que nous avons déjà. Le prix de l'uranium va donc mécaniquement augmenter. Et que dire pour un paysage de 1500 centrales nucléaires ?
  4. La fameuse 4ième génération si chère au français (pas l'EPR qui est juste une 2CV revampée) dite à neutrons rapides, va consommer du plutonium (12 tonnes pour démarrer un réacteur d'après ce que j'avais lu). Un stock de plutonium qu'il est dangereux de conserver dans des conditions de sécurité suffisantes (on peut faire des bombes avec cette chose...).
  5. 40% de l'eau potable en France (il faudrait que je puisse vérifier les chiffres) est utilisé pour refroidir nos réacteurs. La conséquence est une augmentation de la température de l'eau rejetée impliquant une diminution du taux d’oxygénation et entraînant finalement une asphyxie du milieu aquatique.

Voilà pourquoi, pour Rifkin, et pour beaucoup d'autres, le nucléaire est une technologie morte, sans avenir, maintenue en vie artificielle par un groupe de personnes qui a un intérêt financier évident à ce que nous continuions sur cette voie là. Il compare, ce qui ne manque pas de sens, le secteur du nucléaire à tous ces acteurs pris dans une vision centralisée (la musique, le logiciel propriétaire, la connaissance, etc.) et qui se feront dépasser par une approche systémique de petits acteurs interconnectés (partage de la musique, logiciel libre, wikipedia, etc.).

Mais bien évidement, Rifkin est un véritable benêt comparé à notre Nicolas...

 

 

Les commentaires...

dimple, le 28-05-2011

tres interessant ce petit resumé des arguments contre le nuclaire
merci !

Ajrarn, le 29-05-2011

Merci :) Je ne sais pas si tu as vu la vidéo en elle-même car terre.tv semble un peu dépassé par les événements. Je l'ai remplacé par son équivalent sur youtube qui sera sans doute un peu plus viable.

Rebel Extravagenza (non vérifié), le 12-06-2011

Salut ;)

je bosse dans le nucléaire, et suis pour son arrêt (voui voui, promis XD).

Toutefois, vérifiez la pertinence de certains arguments avant de causer avec les gens de ce milieu (leur discours est rôdé, vous imaginez bien...)

Notamment, les déchets dits "à vie longue" seraient tout à fait traitables à échelle humaine (300 ans et non 50 000 ans en gros, et croyez-moi, 300 ans on sait gérer sur la durée).

Il suffit juste pour cela que les prochaine centrale soient PREVUES et conçues pour recevoir les déchets vie longue à proximité du coeur. Les neutrons issus de la réaction de fission permettraient  de raccourcir la durée de vie des déchets à vie longue.

Idem pour le prix croissant que vous évoquez pour les combustibles: les surgénérateurs tels que SUPERPHENIX étaient une solution technique à ce problème (imagé ce la donne: pour un trajet Marseille -Paris en voiture, vous partez de Marseille avec 3/4 de réservoir, et sans vous arrêter, arrivés à Paris votre réservoir est plein).

Enfin, beaucoup de centrales sont refroidies avec l'eau de nos fleuves, qui à ma connaissance est tout sauf potable (le Rhône entre autres...ha ha ha, quand on sait ce qu'il y a dedans hors nucléaire, faudrait me condamner à mort pour que j'en boive).

 

Les vrais arguments seraient à joindre au fait d'accepter au niveau mondial de revoir à la baisse notre confort électrique (ce que de mon côté je suis prêt à faire, et vu vos préoccupations sur ce blog, je pense que vous aussi ;)  ), ainsi que nos habitats soient eux-mêmes des générateurs d'énergie (éolienne, solaire, etc...).Les arguments sont simples: économiques (en revoyant COMPLETEMENT le modèle actuel, ce que peu d'écologiste ayant pignon sur rue seront prêt à faire), sociaux-économiques (on joue encore aux colons en Afrique sous prétexte d'exploiter des mines...), dangerosité (on l'a déjà vu avec Fukushima, la loi de l'emmerde maximum existe et se rappelle à notre bon souvenir quand besoin est), potentiel d'utilisation(s) terroriste(s), compétence réelle des gens qui bossent dans ce milieu (j'aurais de quoi écrire un livre), etc., ...

 

 

 

Ajrarn, le 15-06-2011

Il suffit juste pour cela que les prochaine centrale soient PREVUES et conçues pour recevoir les déchets vie longue à proximité du coeur. Les neutrons issus de la réaction de fission permettraient  de raccourcir la durée de vie des déchets à vie longue.

Attention, néophyte inside hein :) Si je comprend l'idée, on utiliserait le neutrons de "fin de chaîne" pour aller "éclater" les déchets d'à côté. Je n'avais jamais entendu parler de cette approche mais ça semble plutôt malin. Mais si c'est bien cela, j'ai deux questions. La première : dans un réacteur qui n'exploite pas cette technique, que deviennent les neutrons en fin de courses ? La seconde, l'idée est si récente que les réacteurs n'aient pas été prévues ainsi ? L'EPR utilise cette technique ?

Idem pour le prix croissant que vous évoquez pour les combustibles: les surgénérateurs tels que SUPERPHENIX étaient une solution technique à ce problème (imagé ce la donne: pour un trajet Marseille -Paris en voiture, vous partez de Marseille avec 3/4 de réservoir, et sans vous arrêter, arrivés à Paris votre réservoir est plein).

L'ingénieur en moi est totalement d'accord avec ce point de vue. Maintenant le père de famille continue à se dire que superphoenix c'est tout de même une cocotte minute pour faire mijoter 5 tonnes de plutonium dans 5000 tonnes de sodium. Ce qui m'amène à dire que Superphoenix partage la même caractéristique fondamentale des cocotes minutes nucléaires, lorsque ça part en vrille, on ne peux rien faire. Je connais l'argument de l'auto-limitation de la chaleur lorsque le Sodium brûle, mais je trouve que cela contrebalance assez mal le danger d'une perte paradoxale du refroidissement pour cause de combustion... du liquide de refroidissement ;-) Ce proto n'a pas été arrêté que pour de mauvaises raisons..Mais quelque part, d'un point de vue sociologique, ce réacteur est assez représentatif de la fascination qu'exerce le nucléaire dans les esprits. Ton exemple en lui-même montre tout le "magique" de la chose. Maintenant j'ai encore le père de famille qui me rappelle que la nature a quelques lois et l'une d'entre elle est que la magie n'existe pas et ce qui semble magique correspond souvent à ignorer le coût caché et parfois exorbitant qui se cache derrière. Le moteur à combustion est magique si l'on oublie le pot d'échappement, une radio à 5€ semble magique si on oublie l'exploitation d'une main d’œuvre sous-payée, et le nucléaire semble magique si l'on oublie le risque impossible à gérer qu'il implique.  

Les vrais arguments seraient à joindre au fait d'accepter au niveau mondial de revoir à la baisse notre confort électrique (ce que de mon côté je suis prêt à faire, et vu vos préoccupations sur ce blog, je pense que vous aussi ;)  ), ainsi que nos habitats soient eux-mêmes des générateurs d'énergie (éolienne, solaire, etc...).Les arguments sont simples: économiques (en revoyant COMPLETEMENT le modèle actuel, ce que peu d'écologiste ayant pignon sur rue seront prêt à faire), sociaux-économiques (on joue encore aux colons en Afrique sous prétexte d'exploiter des mines...), dangerosité (on l'a déjà vu avec Fukushima, la loi de l'emmerde maximum existe et se rappelle à notre bon souvenir quand besoin est), potentiel d'utilisation(s) terroriste(s),

Là je te suis à 300%. Et même si je reste intimement persuadé que la baisse de confort serait en soit minime. Une grande partie de notre gaspillage électrique tient à un dogmatique "tout électrique" prôné depuis 40 ans avec les résultats que l'on connaît. Et le pire c'est que le psoeudo-renouvelable continue dans cette idiotie en faisait du photovoltaïque plutôt que de chauffer de l'eau, des éoliennes pour produire du jus pour  plutôt que d'exploiter la force mécanique du vent, etc... L'électrique c'est finalement imposé dans une approche centralisée de l'énergie. Pour moi c'est là l'un des coeurs du problème. 

compétence réelle des gens qui bossent dans ce milieu (j'aurais de quoi écrire un livre), etc., ...

Je suis preneur pour un papier à défaut d'un livre ;-)

jack (non vérifié), le 23-06-2011

"la magie n'existe pas et ce qui semble magique correspond souvent à ignorer le coût caché et parfois exorbitant qui se cache derrière."

Cette phrase est d'une grande portée ! Il y à là exprimé simplement la principale critique qu'on puisse  formuler sur l'utilisation de la technologie par le monde moderne capitaliste industriel. Elle rappelle également une évidence éternelle que la science à nommé "conservation de l'énergie" ou "premier principe thermodynamique" et qui traverse tous les domaines de la pensée scientifique et pré-scientifique.

Rien n'est sans conséquence, c'est pourquoi la question des l'échelles de grandeur est si importante. A partir d'une certaine taille tout se complique car justement certaines conséquences certains effets de bords deviennent critiques même si on ne les perçoit pas immédiatement.

L'énergie électrique est un immense gaspillage et une tautologie parce qu'on veut la fabriquer en grande quantité et la livrer partout  y compris pour la retransformer en énergie calorifique (un gaspillage éhonté). Il est bien évident que des énergies "renouvelables" doivent être produites sur place et en fonction des possibilités et des besoins. On comprendra tout de suite dans ce cas l'imbécilité de transformer la chaleur en électricité pour se chauffer avec...  La plupart des opposants aux énergies renouvelables se basent sur un modéle centralisé (la centrale électrique et les lignes à haute tension) et se focalisent sur la production d'électricité. Dans ce cas il n'y à effectivement guère de choix...La plupart du temps on critique les techniques "alternatives" à partir d'un modéle concentrationnaire, comment éclairer et chauffer une cité HLM en banlieue... sauf que l'on à créé ce modèle d'urbanisme (dont on mesure à présent les immenses défauts) à partir de l'automobile et des réseaux centralisés auxquels ils sont adaptés. Il est facile de justifier une cause par ses conséquences...

En prenant le problème dans le bon sens on peut dire que le gigantisme et la concentration chers au monde moderne sont ses principaux défauts et que c'est en déconstruisant (au prix d'un effort soutenu ou de quelques catastrophes) les grands ensembles (pas seulement urbains mais aussi industriels, agricoles, économiques, ceux qui sont fondés sur le prix ridiculement bas des transports internationaux) que l'on trouvera des solutions durables.Rien de magique la dedans, le retour à une taille humaine, maîtrisable, optimale, permet également le retour à une valeur absolument capitale, base de la démocratie et de la citoyenneté, qui se dilue dans le monde moderne d'une façon effrayante et dont la disparition progressive est derrière tous les scandales actuels... la responsabilité individuelle !

Tout est lié, c'est bien pourquoi ces questions sont difficiles, le coté "magique" provient justement du fait que l'on occulte certains liens, devenir adulte suppose d'admettre une bonne fois que oui forcément "ya un truc !", tant qu'on à pas franchi ce stade on reste manipulable par les prestidigitateurs/marchands de "solution miracle". 

Ajrarn, le 25-06-2011

sauf que l'on à créé ce modèle d'urbanisme (dont on mesure à présent les immenses défauts) à partir de l'automobile et des réseaux centralisés auxquels ils sont adaptés. Il est facile de justifier une cause par ses conséquences...

Très juste et bien formulé. Et cela s'applique parfaitement au point que tu soulèves, le calamiteux chauffage électrique qui est à un taux record en France, 30% des foyers. Et pour ces foyers, la part du chauffage dans la consommation électrique est d'environ 30%. D'après une étude de Greenpeace, cela correspond à une puissance de 20GW prévue juste pour cela, soit en gros 15.3 réacteurs. Uniquement pour gérer l'aspect saisonnier de cette bêtise. Résultat des courses (schématiquement), on surproduit en été et on importe en hiver.. Tout cela en assumant les risques liés à ces 15 réacteurs (sur 54..).

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