La radioactivité est une histoire scientifique vieille de plus d'un siècle. C'est le 18 juillet 1998, que Pierre et Marie Curie annoncent la découverte du polonium, puis en décembre du radium. Cinq ans plus tard, en 1903, ils reçoivent pour cela un Nobel de physique. Un prix qu'ils partagent avec un certain Henri Becquerel pour "reconnaissance des services extraordinaires qu'il a rendus en découvrant la radioactivité spontanée". Ceci marqua le commencement d'une histoire houleuse entre l'homme et l'atome. Mais ce que peu savent, c'est que le grand public allait goûter très tôt aux joies des radiations de la plus étrange manière qui soit. A cette époque, la radioactivité n'était pas vue comme le dangereux fléau d'aujourd'hui, mais comme une véritable source de jouvence. Les années 20 étaient sous le charme du radium et les industriels de tout bord se sont alors mis à en mettre absolument partout.
Cela commence avec les médicaments à base de Radium. En consultation, les lésions cutanées étaient ainsi traitées par le praticien moderniste, et en pharmacie sont apparues une flopée de potions radioactives pour combattre à peu près tout, de la tuberculose aux varices en passant par les rhumatismes...
Arrive ensuite la cosmétique. Comme quoi les saletés que se mettent encore aujourd'hui les femmes sur la figure (paraben, musc de synthèse, etc.) ne représentent pas un phénomène récent. Les radiations effacent les rides, tel est l'argument du Dr Alfred Curie (qui n'a rien à voir avec le couple Curie). Ce dernier lance à l'époque toute une gamme de produits appelée Tho-Radia comprenant savon, talc pour bébé (!), dentifrice, crème de jour, etc. En mélangeant du radium à des sels de titane, le bon docteur est allé jusqu'à créer une extraordinaire poudre qui protège la belle du vilain temps et des mauvais rayons de soleil (sic !).
Comme vous pouvez vous en douter, le sexe n'allait évidemment pas être oublié. Voilà bien un domaine où l'énergie miraculeuse des radiations avait toute sa place. Ainsi vous pouviez vous procurer des suppositoires au radium, des préservatifs au radium (rien n'indique s'ils brillaient dans l'obscurité) et des gels contraceptifs.
Le radium s'est aussi invité dans l'alimentation avec toute sorte de délires comme du chocolat au bromure de radium (miam !), des sodas, et bien évidemment de l'eau minérale radioactive en bouteille. Mais le chic du chic étant tout de même d'avoir sa propre fontaine au radium, l’ancêtre de la Nespresso. On vous vendait la fontaine spéciale où l'on mettait de l'eau "ordinaire" agrémentée d'une pastille de sels de radium. Moi je dis qu'il est urgent de relancer cette mode qui pourrait définitivement sauver TEPCO de la faillite en reconvertissant son site en cures thermales !
Le vestimentaire n'allait pas être oublié avec un argument de poids : la radioactivité ça tient chaud ! Ben oui, mais c'est tout de même pratique. Ainsi apparurent des pelotes de laines radioactives, des sous-vêtements radioactifs (totalement génial pour les sports d'hiver) et des layettes pour bébé radioactives (pour qu'il ait bien chaud aux fesses !!!).
Mais la belle histoire des radiations magiques commence à tourner vinaigre en 1917 avec l'affaire des Radium Girls. Ces ouvrières travaillaient dans l'usine US Radium et avaient la charge de peindre les lettres phosphorescentes de cadrans d'horloges avec une peinture à base de radium. Appliquées dans leur tâche, elle léchaient régulièrement leur pinceau pour en affiner la pointe. Pire, il leur arrivait pour s'amuser d'utiliser cette peinture pour se faire les ongles et même en mettre sur leurs dents... Une inconscience d'un danger pourtant parfaitement connu des techniciens et propriétaires de l'usine qui eux, évitaient soigneusement tout contact avec le radium en travaillant avec des écrans de plomb, des pinces et des masques. Ce qui semble indiquer que presque vingt ans après la découverte du couple Curie, les scientifiques avaient connaissance des dangers des radiations, ce qui n'a empêché personne de continuer à vendre les produits à base de radium au public. Le profit avant tout n'est finalement pas une mentalité qui date d'hier...
Beaucoup de ces ouvrières furent rapidement atteintes de maux avant-coureurs (nécroses, anémies, fractures), puis de tumeurs cancéreuses des os. Comme d'habitude, une première tentative fut faite pour faire passer ces problèmes de santés comme non-professionnels, y compris par la calomnie en évoquant la syphilis...
Grace Fyer fut la première à intenter des poursuites. Mais il lui fallut près de deux ans de bataille pour qu'un avocat se décide à la suivre, elle et cinq autres ouvrières, les fameuses "Radium Girls". Sans doute à cause d'une couverture médiatique sortant de l'ordinaire, le procès fut conclu en leur faveur et ce fut aussi un tournant en matière de droit du travail. La magie radioactive avait du plomb dans l'aile.
En 1927 Hermann J. Muller prouve la toxicité des rayonnements et en 1931, avec la mort de Eben McBurney Byers éclate le scandale des potions au radium. Cet ancien athlète et industriel consommait régulièrement du Radithor pour garder la santé. A la fin de sa vie il ne pesait plus que quarante kilos.
Il aura donc fallut quatorze ans pour que l'on passe de la victoire des Radium Girls au retrait du marché des potions au radium. La radioactivité tomba dès lors dans l'oubli jusqu'à un certain 6 août 1945, lorsqu'une une bombe atomique larguée sur Hiroshima ne relance la danse atomique.
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