D'où sort ce document vous demandez vous ? Eh bien il s'agit tout simplement de la copie électronique (est-ce encore légal ?) d'une brochure remise lors de la conférence de presse de lundi dernier au Ministère de la Culture. Rien de moins officiel.
Pas assez cher mon fils !
Et sérieusement, il faut le lire pour le croire. D'entrée de jeu, vous y apprendrez que la gratuité est un mythe destructeur de la création
(Fiche n°1). Admirez le rapport établi sans faille entre la gratuité et la destruction de la création. J'ose espérer que les rédacteurs de cette singerie de pensée voulaient dire que Télécharger un contenu payant risquait de compromettre une branche de l'économie
? Est-ce bien cela ou cela veut-il dire que les créateurs qui offrent ce qu'ils produisent n'en sont pas, en réalité ? Les artistes de
L'état de grande consommation
En poursuivant vous apprendrez aussi que, (...) le texte permet l'essor de nouveaux modèles économiques au bénéfice du consommateur
. Et dans le meilleur des mondes, chaque humain se doit d'être reconnaissant. Heureux consommateurs enrichis chaque jour par un peu plus de merveilles. Mais je ne sais au fond quel bénéfice sera le plus grand, du nôtre ou celui des marges générées. Mais une chose est sûre, pour l'appareil étatique, nous ne sommes clairement plus des citoyens mais des machines à consommer.
Et ce n'était qu'une introduction, la fiche n°2 va plus loin et explique que :
ces mesures de protection sans cesse évolutives permettent de créer de nouveaux modèles économiques au bénéfice des consommateurs :
- des offres promotionnelles
- la location en ligne
- des offres d'abonnement limité ou illimité.
Douceur de la culture en forfait, des licences musicales "familiale" ou "pour ma seule pomme"... Et dans 20 ans, où seront ces lecteurs sensés garantir ces évolutives protections, et qui les maintiendra ? C'est donc à cela que se résume le fameux enjeu des technologies de l'information. Vendre mieux à des générations de neuneus avides des derniers tubes à la mode sous forme de sonneries de portables ? Mais je m'emporte...
Perte de raison...
Dans la fiche n°2, on vous expose les autres bienfaits de ces protections qui (...) peuvent limiter la copie privée à un nombre raisonnable de copies destinées au "cercle de famille"
. Question à ces penseurs dont la pensée défaille. Qu'est-ce qu'un nombre raisonnable ? Qui le définit ? Que dire d'Apple qui a décidé de faire évoluer un tel "nombre raisonnable" après l'acte d'achat ? Je n'ai rien contre l'idée de limitation des copies mais faut il encore avoir un peu de rigueur et savoir poser des limites claires et précises. Et le terme "raisonnable" n'est pour moi ni clair, ni précis.
Mais continuons donc avec la fiche n°4 traitant d'une licence globale pour laquelle, nous l'apprenons, la grande majorité des acteurs concernés (...) sont hostiles
. Mais qui est donc cette grande majorité d'acteur ? Des noms ?
La répression à la source
J'arrive à la fiche n°8, ma préférée, sur les logiciels libres qui ne le sont plus trop finalement. Car si le projet de loi prône le tout DRM, il peut interdire en revanche certains logiciels, seulement si l'on peut prouver l'intention de faciliter le contournement des protections.
. Autant le dire sans détour, il s'agit là de TOUS les logiciels libres de lecture de contenu. Ainsi, si j'ai bien compris, point de salut sans Microsoft ou Apple. Interdit pour moi de lire un DVD, de regarder une vidéo en ligne, d'acheter de la musique sur le net, d'écouter mes CD, de lire mon journal, dois-je continuer ?
C'est l'histoire du monde messieurs. Il y a des moyens, qui sont neutres, et il y a des gens qui les utilisent en bien et d'autres en mal. C'est d'ailleurs pour cela que l'on a inventé la police je pense. M'interdire de lire mes contenus sous prétexte que d'autres risquent d'utiliser cette technologie pour les copier n'est simplement pas acceptable. Pas dans un Etat de droit en tout cas, ou alors la sûreté nationale est menacée ?
Cela me rappelle un dialogue dans le film « Demolition Man ». Un policier d'un futur à la "meilleur des mondes" demande à John Spartan, un policier du 20° siècle décongelé pour l'occasion comment, dans cet ancien monde, faisait-on pour traquer les criminels sans coller une puce de surveillance sous la peau de chaque citoyen. A cette époque, on bossait
lui répondit-il simplement...
Et comme tout cela est énorme, les auteurs de ce texte tapent dans le lénifiant en soutenant que le projet de loi ne concerne qu'un tout petit domaine du logiciel libre, celui des logiciels de lecture des oeuvres protégées
. Ah bon ? Seuls les logiciels de P2P sont concernés alors ? Non ? Oui ? Qu'est-ce qui différencie un P2P d'un serveur Web ? Rien ? FTP ? Rien non plus... Il risque d'être vite un peu envahissant le "petit domaine", non ?
L'énigme du logiciel libre - fermé
Mais progressons courageusement dans la fiche n°8 (je vous avais dit que c'était ma préférée) pour comprendre que (...) trop d'interopérabilité nuit à la sécurité de la protection des oeuvres
. Bein voyons, et l'excès de liberté nuit à la liberté, c'est bien connu. Une question cependant à nos brillant énarques. Que se passera-t-il lorsque Sony (c'est un exemple) décidera de mettre en oeuvre une protection qui ne sera disponible que sur SES Walkmans ? Et imaginons même qu'elle n'aura que faire des licences croisées ? Vais-je devoir acheter un lecteur par label ? Avouez que la tentation sera grosse lorsqu'on dispose d'un catalogue de titres conséquent. Et que feront les petits labels dans ce nouveau monde ?
Et le meilleur est souvent à la fin avec cette citation qui à elle seule vaut toutes les bêtises que j'ai rapportées ici : Les mesures de protection n'empêchent pas l'utilisation de logiciels libres, mais la diffusion du code source pourrait constituer un risque pour la sécurité de la mesure technique.
. Eh oui, vous ne rêvez pas, l'absurdité au service de l'incompétence. Voici les premiers logiciels libres et fermés ! Ces gens ont vraiment fait des études ? Ou alors prennent t-ils notre système éducatif pour une machine à produire des bovins ?
Allez, une poire pour la soif, lisez avec attention le point n°12. Vous avec compris ? Eh oui, tout illégal et bientôt impossible que soient les contournements, cela ne vous dispensera pas pour autant de payer la taxe sur les médias vierges. Bien joué, il fallait oser. Non, vraiment, respect.
La propagande à la française
Et je n'ai déposé ici que quelques morceaux choisis. Il faut le lire complètement pour comprendre à quel état de misère notre démocratie semble tombée. Ton lénifiant, faits tronqués et redéfinis par l'absurde, vision orientée, arguments subjectifs, distillation de craintes, tous les registres de la manipulation mentale sont mis à contribution. Alors, c'est parti, tous à vos votes pour la nomination pour les prochains Orwell d'Or

J'aurais pu écrire cet article si j'avais eu plus de talent pour mettre ma pensée en forme...
Chapeau : tout est (bien) dit.
Pas un mot à dire sur le "collège de médiateurs"? Les trois sages magistrats, majestueuses autorités
"dotées du pouvoir très important et très efficace d’émettre une injonction prescrivant,
au besoin sous astreinte, les mesures propres à assurer le bénéfice effectif de l’exception(pardon??)
fear...
____
/°,,,,°/
fear ? Peur de quoi ?
Je vous en prie, exprimez-vous
peur de ne pas comprendre de quoi il s'agit parce que les mots utilisés ne se réfèrent pas à grand chose de concret (à mon sens) et sont donc facilement applicables à beaucoup de cas, ce qui élargit le spectre des actions interdites par l'injonction. Enfin ce qui m'inquiète ce sont ces mesures propres à assurer le bénéfice effectif de l’exception. (quelle exception?)
Je ne suis pas bien sûr de comprendre la dernière phrase.
Pour ce qui est du reste, ce que vous dites s'applique assez facilement à DADVSI dans son ensemble. Plus je lis ce texte, plus j'ai l'impression d'être face à une usine à gaz influencée par des besoins contradictoires comme la satisfaction des lobbies en premier lieu, mais aussi l'apaisement du libre, des audionautes ou encore les futurs électeurs de 2007. Du coup interopérabilité devient un concept guignollesque, les mesures techniques sont incontournables mais peuvent l'être tout de même (justement pour interopérabilité), les DRM non contrôlables sont copiables mais le nombre de copies peut être 0....
A lire sur ce sujet de l'insécurité DADVSIaires.
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