![]() Il a beaucoup fait tourner mes neurones et alimenté pas mal de discussions à la maison, entre la poire et le café (heu oui, on ne mange pas souvent du fromage avec Ulhume...) Ailleurs, sur un forum consacré à un tout autre thème, j’ai eu quelques échanges au sujet de DADVSI, mais la discussion a vite tourné en rond pour se finir en eau de boudin. Je crois que mon interlocuteur avait du mal à intégrer toutes les informations que je lui déversais pour étayer mon argumentation. Pourtant, je pensais bien faire, et j’espérais ainsi lui faire profiter des résultats d’un travail de plusieurs semaines. Une sorte de point de Godwin a été atteint à mes yeux quand cette personne a lancé la réflexion suivante : Tout est dit : ce débat est un problème de riches, et il y a des sujets bien plus importants dans le monde (comme la faim, la guerre, la peste et le choléra, les pitits nenfants qui souffrent, l’élection de Miss France…) En analysant a posteriori cette discussion et sa remarque, j’ai été d’abord déçue, puis glacée par les conclusions auxquelles je suis arrivée. Je ne m’intéresse pas à cette histoire de DRM et consort parce que je me sens l’âme d’une anarchiste « pasionaria » du Net. De toute façon, je me méfie des trucs qui se finissent en « isme ». Mais cette « bataille » rejoint un thème majeur qu’il faut de toute urgence éclairer et expliciter, pour pouvoir ensuite décider ensemble de ce qu’il convient de faire. Je parle évidemment de l’impact des technologies de l’information dans nos sociétés, de l’énorme chance et de la suprême menace qu’ils incarnent. Depuis plus de dix ans maintenant, j’ai cette intuition chevillée en moi qu’il y a quelque chose de formidable et de terrifiant dans cette révolution technologique. Elle touche au fondement même de l’esprit humain, car l’information est la brique qui construit notre perception du monde, notre « réalité » si vous préférez. Elle est l’ingrédient de base qui nourrit notre pensée. Et comme me l’a dit un jour un ami et pratiquant émérite de yoga : Prends une pensée et répète la tous les jours, tu en feras une action. Moi, j’ajouterais bien cette phrase en préambule : Prends une information, répète la tous les jours et tu en feras une pensée. Au cours des échanges que j’ai eus à propos du dossier DADVSI, j’ai été terriblement déçue et frustrée de n’avoir pas réussi à faire passer ce message. Je me rends compte que c’est très abstrait pour la plupart des gens, et qu’ils n’arrivent pas à voir derrière le voile de l’immédiateté. Comment parvenir à exposer l’enjeu réel de tout cela ?
Il pourrait se résumer ainsi : J’ai cru au départ que cette incompréhension était liée à la complexité « technique » du sujet, et qu’il était de la responsabilité de ceux qui avaient la connaissance d’en donner l’accès aux autres en le démystifiant. Mais je réalise aujourd’hui qu’il faudrait bien plus que cela. Il faudrait donner aux gens l’envie de savoir, leur inspirer une prise de conscience, ou je ne sais pas quoi exactement. Quelque chose qui les aide à percevoir que la liberté de pensée ne peut s’envisager sans la garantie fondamentale que l’information ne sera ni orientée, ni contrôlée. Peut-être pourrait-on déclencher cela en prescrivant une relecture complète de Fahrenheit 451 (R. Bradbury) et du Meilleur des Mondes (A. Huxley) ? Assortie d’une privation totale de télévision, si les symptômes persistent ? Une expérience consiste à jeter une grenouille dans une casserole d’eau très chaude. La grenouille bondit immédiatement hors de la casserole, à cause de la chaleur. On reprend la même grenouille, on la place dans une casserole d’eau froide et là, elle accepte d’y rester. La température de l’eau est alors augmentée progressivement, degré par degré, et très lentement. La grenouille ne bouge pas, s’habituant au fur et à mesure à la température de l’eau. Elle finit par y mourir ébouillantée quand l’eau est devenue trop chaude, sans même avoir cherché à s’en échapper. C’est parce que je ne veux pas finir en grenouille ébouillantée ou en brebis mécanique tondue que ce site existe. |
Bien vu l'analogie de la grenouille, mais malheureusement beaucoup
d'entre-nous sont déjà cuits, et ne s'en rendent même pas compte.
Pour autant, DADVSI n'est qu'un des aspects de notre mijotage
permanent, l'histoire politique contemporaine est bourrée d'exemples
de notre inaction.
Je ne me souviens plus de la citation exacte, mais quelqu'un a dit que
tant que le peuple était nourri, il ne se révoltait pas. Il devient
cette grenouille qui commence à bouillir sans s'en apercevoir.
Beaucoup de ceux qui s'en aperçoivent s'en moquent, ben oui l'afrique,
c'est tellement plus grave... Mais l'est-ce vraiment ? Est-ce que
cette carence en liberté qui s'accroît ne serait pas la cause des
principaux maux de notre société, voire même de notre planète.
Je commence à douter.. Le besoin de liberté est-il vraiment un des
besoins fondamentaux de notre espèce ?
Merci
Nico
Malheureusement parfaitement adapte au probleme l'analogie de la grenouille.
Le besoin de liberté est-il un besoin fondamental de notre espèce ?
(cette grille de lecture date un peu et présente des limites, mais elle reste encore pertinente) C'est d'ailleurs ce que voulait insinuer mon interlocuteur sur cet autre forum.
Oui, mon cher Nico, mais il arrive au moins en 5e position après les besoins physiologiques (se nourrir, avoir chaud, etc.), la sécurité, l'appartenance au groupe & l'amour, l'estime de soi et d'autrui. Cf la fameuse pyramide chère à Maslow...
On ne peut certes pas sauter les 2 premiers stades, mais ce n'est pas une raison pour ne pas être vigilant à partir de la 3e étape. Une fois les besoins fondamentaux satisfaits, il me semble qu'il faut donner de toute urgence aux gens des outils de "défense intellectuelle", pour les inciter à se prémunir des manipulations mentales lors de leur "montée" dans la pyramide. Sinon, ils risquent bien de se faire cantonner à ces premiers stades pendant un certain temps, parce que cela serait tellement "arrangeant", sur pas mal de plans...
Alors voilà, je l'avoue, c'est un peu ce dont je rêve depuis des années : trouver un moyen de donner accès à tous (et gratuitement si possible) à des connaissances et des formations leur permettant de développer ces types de compétences.
Oui, je sais, c'est de l'utopie. Mais pas de grandes réalisations sans grands rêves au départ, non ?
Rajouter à la liste des lecture, en plus des Huxley et Bradbury, l'indétronable "1984" de G.Orwell.
Le Newspeak (Novlangue) dans laquelle "war is peace", "freedom is slavery", "ignorance is strength", fait tellement penser aux discours actuels sur ces DRM qui "gèrent les droits" alors qu'en réalité ils imposent des restrictions, sur un "texte équilibré" alors qu'il a été complètement rédigé sous influence et en n'écoutant pas les inquiétudes des experts, etc..
Merci pour ces articles!
Pour l'anecdote amusante, figurez vous que dans une première version du texte j'avais cité les 3 ouvrages mais Ulhume a dit : "ah non, cela fait trop "références classiques et automatiques". Il faut que tu sélectionnes parmi ces trois livres, en fonction des idées que tu veux souligner"...
Plus sérieusement, je suis d'accord avec vous : 1984 a en effet sa place dans cette histoire, pour sa belle illustration de ce que peut être une désinformation par manipulation du sens des phrases.
)
J'avais pour ma part retenu Fahrenheit 451 pour l'aspect "destruction / uniformatisation de la culture" développé dans ce livre, avec cette notion que penser est antisocial.
Et bien sûr, le Meilleur des Mondes... parce qu'on y est presque. (comment cela, je suis pessimiste ?
Malheureusement tu n'es pas pessimiste mais réaliste, et comme le disait si bien einstein :"Je ne connais que deux choses infinies, l'univers et la bétise humaine, et encore l'univers je n'en suis pas sur", donc c pas demain la veille que les gens se réveilleront... Et même ceux qui se rendent compte ont généralement tendance à croire qu'il n'y a rien a faire et ne réagissent pas... et à mon pressentiment, je dirais qu'une guerre totale risque bien d'être la sonnerie du réveil...Mais "le bruit des bottes est moins inquiétant que le silence des pantoufles" et là au moins il faudra faire quelque chose d'autre que rester devant sa télé
Je voulais juste encore dire qu'on pose aussi des brevets sur les gènes végétaux et animaux y compris humains. Il y a notamment des recherches sur le gène inducteur du cancer du sein qui sont empêchées à l'heure actuelle par le laboratoire qui l'a enregistré et qui refuse de permettre à quiconque dans le monde d'utiliser ce gène de quelque manière que ce soit, même en échange d'argent parce qu'ils en ont la "propriété exclusive" alors que ce gène est présent dans la population et cause la maladie ches des millions de femmes. Les registres de brevets ADN humains sont déjà pleins de gènes brevetés qui ont seulement été identifiés mais dont la fonction est un mystère total et si les d'autres laboratoires decident de suivre l'exemple de celui-là la recherche sera bloquée par ces brevets censés aider à faire avancer le savoir et à le monopoliser... contradiction
Personnellement, je ne crois pas trop à l'hypothèse de la guerre totale, mais plus à celle de la "cuisson à petit feu très doux"... beaucoup plus insidieuse et contre laquelle il sera plus difficile de lutter. S'il y avait un conflit ouvert, il aurait au moins le mérite de mettre les choses en pleine lumière.
La vision exposée dans l'ouvrage \"Le Piège de la Mondialisation\" est pour moi très vraisemblable. Une population qu'on aura anesthésiée à coup de "Titi-tainment" et de reality show, la consommation à outrance érigée au stade de culte, des démocraties qui n'en auront plus que l'apparence, et des politiques nationales pilotées par des consortiums économiques. C'est pour cela que pour moi, nous sommes plus proches de la réalisation d'un Meilleur des Mondes que de celui d'un 1984.
Une fois ce constat posé, il ne s'agit ni de dramatiser ni de baisser les bras. Il nous reste encore un peu de temps, et tant qu'il y aura des bonnes volontés... "Après l'espoir, il reste l'espérance".
Concernant vos informations sur les brevets des laboratoires, c'est en effet assez édifiant et ne présage rien de bon. Mais on se doutait déjà que l'éthique des grands laboratoires pharmaceutiques n'avait rien à voir avec le serment d'Hippocrate et que leur but n'était pas de guérir les gens.
Dans quelles limites pouvons nous laisser dans les mains de ces organisations à intérêts privés des sujets qui concernent toute l'humanité ? Vaste question, mais ceci est un autre débat...
...et « Soixante-quatre mille répétitions font une vérité » - Aldous Huxley, Le meilleur des mondes (Brave new world), que tu cites, justement.
Je suis arrivé sur cet article aujourd'hui car il portait presque le même titre qu'un autre publié chez moi l'an dernier, et à 10 jours d'intervalle avec le tien... Coincidence amusante, idées qui sont dans l'air ? Va savoir...
Le mien n'aborde pas tout-à-fait la meme problématique, mais n'en est pas totalement disjoint non plus.
Bonjour,
Cha again ton commentaire est très censé et je voudrais ajouter une chose que nous pouvons déjà faire : ne plus payer ni cautionner cela. En effet, "la recherche" abuse de nous et certains "puissants riches" tirent les ficelles de ce monde en utilisant leurs services.
Le pire, c'est que les médias, contrôlés et dirigés par ces puissants, en arrivent encore, par des stratagèmes de manipulations de coeur et utilisant la bonté des citoyens, à mendier de l'argent. Prétextant des opérations bidons, où beaucoup s'en mettent plein les poches, l'argent récolté ira aux chercheurs, pas aux trouveurs, non aux chercheurs qui leur rapportent pognon et gloire ! Donc, il faudrait déjà entraver ces opérations mais pour ce faire, il faut des arguments et chaque cas mérite une enquête poussée ( histoire de voir où va réellemment le pognon et l'usage qu'ils en font.
Pour être encore plus pratique, il faut que les rôles soient bien distribués et surtout ! que les éventuels participants soient aussi anonymes que la CIA car on serait vite élliminés. Le net est d'ailleurs très dangereux car tout est repéré, y compris ce message. Quand on sait ce qui s'est passé le 11 septembre, on doit justement penser ( puisque nous en avons encore la faculté. Voici un simple avis, seul on ne peut rien. Monter un groupe est faisable, pour autant que ce ne soit pas connu...
Cher Swâmi Petaramesh,
)
Ton article traite en effet d'un sujet très connexe, car il est bien connu que le délire sécuritaire est le frère du verrouillage informationnel : quand on voit l'un, l'autre n'est pas loin...
Pour reprendre tes mots, "Et si, un jour, notre belle démocratie devait être remplacée par un régime totalitaire, celui-ci, dès son arrivée, bénéficierait" non seulement d'un système de surveillance mais aussi de tous les medias nécessaires pour conditionner judicieusement les esprits. (hop, une dose d'hypnopédie tous les soirs à 20h...
C'est en effet une coincidence des plus étonnantes que nous ayons publié à 10 jours d'intervalle ces deux billets. Mais j'ai bien envie de croire que c'est aussi dans l'air du temps et qu'il y a encore des gens assez lucides pour tirer sur les sonnettes. (ça va finir par s'entendre, tout de même... non ? )
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