Tadaaaa !! Voila c'est fait, HADOPI vient de passer. Si le vote précédent qui avait permis de rejeter la loi hadopi était déjà pitoyable (pensez, 21 voix contre 15 sur 577 députés), le suivant qui consiste à refaire voter une loi parce qu'elle n'est pas passée la première fois montre dans quelle non-démocratie nous nous enfonçons depuis l'élection de Sarkozy 1er. On appréciera encore plus ceci :
M. Copé a jugé nécessaire d'écrire jeudi aux 317 députés de l'UMP pour leur demander d'être \"extrêmement présents\" toute la semaine prochaine en faisant valoir que ce n'était \"désormais plus la teneur de ce texte qui (était) en cause\" mais \"le problème politique créé par son rejet surprise\". (source)
Qu'on se rassure donc, ce n'est pas le contenu du texte qui est important, c'est de continuer de garder le contrôle du parlement, de montrer qu'on est fort. Et dire que pendant ce temps-là, une partie de nos chers amis artistes français se réjouissent d'avoir enfin un gouvernement qui ose s'engager dans la défense de leurs oeuvres.
Rappelons tout de même que l'Espagne, où la justice considère que le P2P est légal, où même les sites de liens P2P sont légaux, que l'industrie elle-même considère comme la championne européenne du piratage de fichiers musicaux... a été montrée en exemple ce mois-ci par le SNEP comme un marché où le disque s'est stabilisé cette année, contrairement à la France où le marché continue de s'écrouler malgré la répression et l'illégalité affirmée du P2P. Cherchez l'erreur.
Petit interlude musical : pour tenter de faire passer la pilule, il a été évoqué le fameux «amendement Johnny» qui laissait croire qu'en tant qu'évadé fiscal en Belgique, en Suisse, à Monaco ou ailleurs (on ne sait plus trop avec lui), il ne pourrait bénéficier de HADOPI. Ce n'est malheureusement pas si simple, voir ici. Ouf, on se rassure, les copains évadés du président restent de la partie. Fin de l'interlude.
Second interlude musical : Christine Albanel appuie une partie de son argumentaire sur une supposée adhésion de 10000 artistes à son projet, qui proviendrait en fait de la signature d'une pétition lancée par le ministère. Problème : la Quadrature du Net a fait une étude de cette pétition et a révélé plusieurs choses pour le moins amusantes. Voir ici le travail de décryptage de la Quadrature du Net.
Pour plus d'albaneleries, voir l'abanelotron (attention au copyright albanulle !)
Beaucoup ont également compris le danger qu'il y a, à sacrifier la liberté des citoyens pour une pseudo-défense des droits d'auteur. Citons pêle-mêle :
Cette loi, dont on nous affirme qu'elle défendra les droits des artistes et le droit d'auteur en général, nous apparaît surtout comme un cheval de Troie employé pour tenter d'établir un contrôle d'Internet, constituant par là même une menace pour la liberté d'expression dans notre pays. Les artistes, les créateurs, tous ces acteurs de la culture sans qui ce mot serait vide de sens, se retrouvent instrumentalisés au profit d'une loi qui, rappelons-le, contient des mesures telles que le filtrage du Net, l'installation de mouchards sur les ordinateurs des particuliers, la suspension de l'abonnement à Internet sans intervention d'un juge et sur la base de relevés d'IP (dont le manque de fiabilité a depuis longtemps été démontré) effectués par des sociétés privées et l'extension de mesures prévues à l'origine pour les services de police luttant contre le terrorisme à l'échange non autorisé de fichiers entre particuliers.
C’EST POURQUOI NOUS ENCOURAGEONS LE PUBLIC À TÉLÉCHARGER NOS ŒUVRES, À LES PARTAGER, À LES DÉCOUVRIR, ET MÊME LES MODIFIER. Oui, nous avons confiance en nos concitoyens, qui savent être reconnaissants de la générosité qu’on leur témoigne. Non, nous ne défendons pas la gratuité, mais le bien commun, socle de toute culture civilisée.
Et nous ne nous contentons pas de défendre ces principes fondamentaux, nous réfléchissons au nouveau visage de l’économie de la musique, débarrassée de certains intermédiaires dont l’attitude nous a durablement convaincu de malhonnêteté.
Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour commencer à voire certaines dérives poindre. On peut par exemple citer l'affaire Jérôme Bourreau-Guggenheim, viré de TF1 pour avoir critiqué HADOPI, via les services de la ministre. A lire également ce lien.
Dans le même genre d'idées, il est intéressant de voir comment le ministère de la Culture a lourdement rectifié l'article HADOPI dans wikipedia.
Ceci étant, ne soyons pas entièrement négatifs, HADOPI a du bon. Principalement, on prend vite conscience que l'on peut très s'en passer, de ces artistes.
Pourtant, les créations artistiques m'ont souvent fait rêver, m'ont permis de voyager en images, en sons et en textes pendant des années, m'ont ouvert à des émotions. Je m'en suis nourri, et n'ai jamais hésité à acheter un album, un film, une œuvre qui me plaisait, m'apportait quelque chose. S'il m'est arrivé de recopier un CD cela concernait de toutes façons une œuvre que je n'aurais jamais acheté dans le commerce, et au final cela concerne des albums que je n'écoute pas.
Mais puisqu'il est question de saccager l'univers artistique en y insérant une loi liberticide, ma riposte personnelle sera donc très simple : plutôt que d'acheter une chanson dont les paroles m'évoquent la mer, j'attendrai d'aller à la mer et de vivre ça par moi-même.
C'est dommage, car par exemple j'aimais beaucoup l'univers d'une Zazie, pleine de bonnes intentions, amie de toutes les causes etc ... J'avais acheté la plupart de ses albums jusqu'ici et avais pris du plaisir à les écouter. A partir de maintenant, désolé mais elle va se les garder ses disques la Zazie ! qu'elle continue d'engrosser Universal si elle le souhaite, pour ma part je ne souhaite pas financer une vaste entreprise liberticide.
Bon, pour beaucoup d'autres ça ne me fera pas trop de mal, hein. Un Clavier avec ses pitreries réchauffées façon Jacouille, je crois que j'arriverai à m'en passer sans trop de séquelles.
Et au fond c'est très bien : je passerai plus de temps à rire, à partager mes émotions avec les gens, à apprendre la vie non pas dans les albums et les films de ces artisans de la répression, mais avec mes potes. Et si j'étais parent, je me dirais que c'est l'occasion révée pour ne plus déléguer leur éducation artistique à M. Jean-Philippe Smet, mais plutôt la prendre en main par moi-même.
Vers quoi allons nous ? Et bien du coté de nos amis artistes, partisans d'HADOPI, je vois bien une suite en en trois étapes :
Pour finir, voici donc quelques pistes non exhaustives à considérer (je vais parler de CD mais la même méthode peut être appliquée aux films, livres etc ... avec quelques adaptations) :
Premier principe : faire le point.
Faites un inventaire de vos vieux CD, c'est l'occasion révée pour trier
les vieux cartons, et voir comment vos envies artistiques ont évolué au
cours du temps. Cela vous permettra de mieux cerner vos envies et de
cibler vos attentes artistiques
Second principe : la consommation artistique raisonnée.
Une fois vos envies un peu mieux cernées, organisez vos achats de
nouveaux disques de façon non raisonnée, non compulsive ; par exemple,
évitez de cliquer directement sur Amazon avant d'être certain de
vraiment vouloir acheter tel disque. Et lorsque vous le faites,
considérez le flux d'argent provoqué par votre achat vers la major qui
se cache derrière. Ca devrait calmer quelques ardeurs.
Troisième principe : préférez l'expérience réelle.
Un bon petit concert dans un pub, un film dans une salle indépendante,
la magie de l'instant vaudra toujours plus que la relecture en boucle
d'une dizaines de disques d'un point de vue sensoriel. Et c'est parfois
très abordable pour tout un tas d'artistes.
Quatrième : pratiquez l'échangisme artistique.
parmi les CD que vous avez trié, il y en a forcément que vous n'écoutez
plus depuis un bon moment et surement un bon nombre dont vous pourriez
totalement vous débarrasser sans que cela ne change rien à votre vie,
n'est-ce pas ? Alors s'il s'agit de disques "majors", donnez-les ! ça
évitera à d'autres de les acheter et c'est légal !
Cinquième principe : boycottez les artistes qui se sont engagés
pour la loi HADOPI.
C'est un peu radical et difficile si cela concerne des personnalités que
vous appréciez ... mais c'est au fond un bon service à leur rendre
puisque le but est de leur faire prendre conscience de leur bétise.
Minot, j'aimais bien cette chanson ... vous vous souvenez ?
C'est une maison bleue adossée à la colline
On y vient à pied, on ne frappe pas,
Ceux qui vivent là ont jeté la clé
Cette maison, cher Maxime, serait-elle devenue pour vous l'UMP ? Cette maison qui verrouille tout ce qui bouge, toutes les libertés et qui se garde bien d'en jeter la clé ?
@ ulhume :
tout à fait ! j'en discute justement avec des espagnols en ce moment qui me disent en toute franchise que si le cinéma espagnol se casse la figure, ce n'est surement pas à cause du piratage mais parce qu'ils est en dessous de tout, globalement.
Et la preuve en est (exactement la même constation que celle que tu fais) que dans les échanges P2P, il s'agit à 90% de cinéma étranger (surtout de séries américaines notament).
Sinon, autre sujet intéressant : la loi LOPPSI 2. Ami artiste partisan d'hadopi, attention, à la lecture de ce lien, tu vas peut-être te réveiller et commencer à comprendre qu'hadopi n'était qu'une étape, que le but visé n'était pas du tout la sauvegarde de tes droits d'auteur, et dans quel m... tu t'es engouffré.
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