DRM, car nous sommes tous des délinquants

05/01/2006 - Ulhume

Je dois bien avouer que la tournure prise ces temps derniers par le débat sur DADVSI m'agace un peu. D'accord, la licence globale a surpris tout le monde, et devant l'énormité de l'événement il était logique que chacun y aille de son avis, plus ou moins fleuri. Mais si le sujet est définitivement intéressant, il n'en est pas pour autant essentiel. L'aspect fondamentalement dérangeant dans DADVSI est, et reste, la légalisation des verrouillages de contenus, techniquement parlant, les DRM. Et arrêtez moi si je me trompe, mais j'imagine assez mal comment pourait fonctionner une telle licence, s'il est illégal de contourner la protection des contenus.

DRM, danger technique, économique et moral

Présentés un peu rapidement par certains comme une absolue nécessité, les DRM sont surtout des outils dangereux. Dangereux car intrusifs de nature et opaques dans leur fonctionnement. Dangereux car offrant à une poignée d'industriels le monopole du contenu et des logiciels permettant d'y accéder. Enfin dangereux car ils sous-entendent que si vous ne fraudez pas encore, vous le ferez un jour. En quelque sorte, avec les DRM vous êtes déjà coupable.

Le coeur de motivation des pro-DRM nous est présenté comme étant la protection des droits d'auteur, de la création et donc la survie des artistes. Et je leur donne raison sur ce point. Les pratiques de téléchargement sauvage des contenus soumis à droit ne peuvent plus durer. De louables intentions en somme. En surface du moins, car il apparaît très vite que deux métiers vieillissants, l'édition logiciel et l'édition musicale, jouent en réalité une dernière carte pour leur survie. Mais avant d'aller plus loin, il s'agit déjà de comprendre comment fonctionnent ces fameux DRM.

DRM sous un scalpel

Petit préambule à l'explication qui va suivre, les DRM pour fonctionner ont besoin de chiffrer (c'est à dire crypter avec une clef) les fichiers qu'ils protègent. Chiffrer un fichier consiste, schématiquement, à brouiller son contenu à l'aide d'une clef secrète (une sorte de code secret). Une fois chiffrée, le fichier ne peut plus être lu sans un logiciel de déchiffrage compatible et, bien sûr, sans la clef secrète. [en savoir plus...]

Lorsque vous achetez de la musique sur Internet, les DRM sont déjà systématiquement utilisés. Il y a de nombreux types de DRM, tous différents les uns des autres. Pour l'explication, inspirons-nous du système de Microsoft (adopté par la Fnac et Virgin) et voyons, de manière très simplifiée, comment tout cela est orchestré :

  1. Vous venez donc d'acheter un morceau de musique chez un fournisseur, et vous vous apprêtez à le télécharger sur votre ordinateur.
  2. Avant de vous l'envoyer, le serveur de votre fournisseur chiffre le fichier avec une clef secrète. Peu de temps après vous recevez votre morceau de musique, chiffré mais sans la clef secrète. Le serveur la garde pour le moment.
  3. Vous devez maintenant utiliser un lecteur compatible, Windows Media Player dans notre exemple, pour lire votre musique.
  4. Le lecteur va détecter que le fichier est chiffré, et qu'il est donc protégé par un DRM. Il recontacte alors le serveur pour lui demander la clef secrète nécessaire pour poursuivre la lecture.
  5. Avant de la lui envoyer, le serveur demande au lecteur le numéro de série de votre ordinateur.
  6. Le serveur met à jour votre "fiche client" pour y inscrire le numéro de série du morceau de musique concerné suivi de celui de l'ordinateur sur lequel vous désirez l'écouter.
  7. Le serveur fabrique ensuite un fichier que l'on appelle licence. Cette licence contient la clef secrète de déchiffrage, mais aussi une liste de règles décrivant ce que vous êtes autorisé à faire avec ce morceau de musique.
  8. Le serveur envoie cette licence à votre lecteur qui la "cache" sur votre disque dur.
  9. Le lecteur dispose maintenant du morceau de musique et de sa licence. Il vérifie dans celle-ci que vous avez bien le droit de lire le morceau. Et, si tout est en règle, il peut utiliser la clef secrète pour déchiffrer le fichier.
  10. Vous pouvez enfin écouter votre musique.

Comprenant mieux le fonctionnement des DRM, on imagine alors mieux les règles (celles contenues dans la licence) qu'ils permettent d'imposer :

  • Si vous transférez le morceau sur une autre machine, le lecteur ne trouvant plus de licence va à nouveau contacter le serveur pour en obtenir une. Votre "fiche" sera mise à jour et le serveur "saura" que vous avez installé cette musique une deuxième fois.
  • Si vous dépassez le nombre maximum d'ordinateurs autorisés (5 avec iTunes), le serveur refuse alors de vos donner une nouvelle licence. Vous devez lui demander de retirer une licence à un ordinateur pour la donner à un autre.
  • La licence peut imposer une limitation dans le temps, une vidéo pendant 2 jours par exemple. Passé ce délai, le fichier pourra être détruit par le lecteur
  • etc...

Enfin, il est important de noter que la gestion de ces DRM est assurée par un ensemble de logiciels généralement fournis par un seul et même éditeur (dans notre exemple Microsoft). Cette suite comprend :

  • Les serveurs de DRM qui fabriquent les fichiers chiffrés et les licences. Ils ont été choisis et achetés par votre fournisseur de contenu.
  • Un format de fichier (musical ou vidéo) souvent spécifique à ce même éditeur.
  • Un lecteur de contenu fourni par l'éditeur et généralement seul capable de comprendre le format de fichier ET le type DRM utilisé par les serveurs.

A ceux qui désirent une information plus technique sur les DRM je conseille de lire ces pages décrivant le fonctionnement de windows Media Player.

Un DRM, mais qui m'en protège ?

Déjà, qu'est-ce que l'interopérabilité. Très simplement, il s'agit de la capacité qu'ont deux systèmes informatiques différents à savoir travailler ensemble. Ils peuvent être interopérables s'ils parlent le même langage, ou s'ils comprennent les mêmes formats de fichier.[en savoir plus...]

A titre d'exemple, prenons le format des documents Word. Personne, mis à part Microsoft, ne connaît réellement la structure interne des fichiers .doc. Personne n'a d'ailleurs officiellement le droit de l'utiliser ! Ainsi les autres traitements texte ne peuvent pas le relire correctement, comme c'est le cas pour OpenOffice. Ce système ne permet donc pas l'interopérabilité avec d'autres systèmes et la conséquence est d'un, que Word vous est imposé, de deux, que si Word disparaît, vos fichiers sont eux aussi perdus. On dit que Word utilise un format propriétaire ou encore, fermé.

A contrario, prenons le format de fichier OpenDocument. Vous avez aujourd'hui une demi-douzaine de traitements de texte qui savent lire et écrire ce format. Même Word pourrait le faire, car c'est un un standard ouvert. Vous avec donc le choix des outils. Et dans 10 ans, même si OpenOffice disparaît, il y aura toujours moyens pour vous de relire vos documents.

A l'image de Word, les DRM sont des formats propriétaires et fermés. Et ce n'est pas anodin, car cela place leurs éditeurs dans une position très intéressante. En effet, s'ils parviennent à vendre leur système à un fournisseur de contenu, ils obligent du coup tous les clients de ce fournisseur à utiliser LEUR lecteur. L'absence d'interopérabilité vous ôte tout choix. Et dans 10 ans, vous musiques seront elles encore lisibles ?

Et pourtant, il existe des DRM reposant, comme l'OpenDocument, sur des standards ouverts. C'est donc un choix de l'éditeur et du fournisseur de contenu. En effet, une société comme Apple, n'a aucun intérêt à adopter un format ouvert car il perd du coup un monopole bien juteux. C'est ainsi que la majorité des acteurs du DRM proposent leur propre système espérant obtenir une part du gâteau.

Cette copies d'écran du site virginmega.fr est l'exemple même des ennuis que m'impose une non interopérabilité. Mon système n'est pas compatible avec les DRM utilisés sur ce site et je ne pourrais donc pas y acheter ma musique. J'apprécie d'ailleurs énormément l'ironie de l'équipe Virgin qui me présente une liste de systèmes d'exploitation éligibles ne contenant... que Windows. Même topo à la Fnac...

Si j'utilisais un Mac, je pourrais me consoler en me disant que mon système apparaîtra sûrement un jour dans la liste... Mais pour mon "malheur", j'utilise linux. Et dans ce cas de figure, c'est l'impasse totale. En effet, la structure "code ouvert" du logiciel libre (cf. DADVSI code) interdit d'y intégrer des formats propriétaires et fermés. Car les petits secrets ne tiennent pas bien longtemps quand les sources sont visibles par tous. Donc pour Linux, sans standard, point de salut. Et les choses se compliquent encore lorsque l'on sait que certains éditeurs ne sont pas très joyeux à l'idée d'un système d'exploitation libre qui prendrait de l'ampleur. Ils ont là aussi tout intérêt à ne pas jouer la carte de l'interopérabilité.

Mais ce phénomène n'est pas nouveau. La majorité des formats audio ou vidéo ne sont pas ouverts et cela n'empêche pourtant pas d'utiliser du libre pour acheter des morceaux de musiques sur iTunes ou lire des vidéos au format Microsoft. Comment ? En contournant la protection, en analysant les formats à la loupe et en fabriquant des systèmes compatibles malgré l'absence de standard. En d'autres termes, si l'on parle avec le langage de DADVSI, en faisant de la contrefaçon.

Dernière chose, maintenant que nous sommes plus intimes avec nos DRM, tentons d'en imaginer les dérives. Les DRM, nous l'avons vu, imposent l'installation sur votre PC d'un lecteur fermé et verrouillé. Nous avons aussi vu que ce lecteur échange des données avec le serveur. Et pour protéger leurs conversations, ces deux logiciels, lecteur et serveur, utilisent une connexion chiffrée, vous empêchant d'en connaître la nature exacte. Cela ne vous inquiète pas ? Officiellement, nous "savons" qu'il n'y circule que des licences et de la musique. Mais pourquoi s'arrêter là ? Ils peuvent aussi facilement envoyer la liste de tous les fichiers présents sur mon ordinateur, le contenu de mes mails, les historiques de mes messengers, des photos prises avec ma webcam... Paranoïaque ? Oui, sûrement. Mais qui m'assure du contraire ? Les frasques de Sony ne sont surement pas là pour me rassurer ! Et encore moins la récente découverte des fonctions bonus d'iTunes, consistant à communiquer à Apple des informations personnelles ainsi que les titres, artistes ou albums que vous êtes en train d'écouter sur votre ordinateur. Dans un tel système de contrôle, je ne ferais confiance qu'à l'état, et encore, sur la base de chartes précises. Un tel pouvoir dans les mains d'une société privée est simplement inacceptable !

En conclusion, si DADVSI veut se donner les moyens de préserver la liberté de choix des utilisateurs, la pérennité de leur bien, la sécurité de leur vie privée et la survie du libre, il se doit d'imposer un standard DRM ouvert pour la France. Ou alors, le cas échéant, maintenir le droit de contourner les protections à des fins d'interopérabilité.

Un DRM, ça protège surtout les monopoles...

Nous l'avons compris, certains éditeurs de logiciels ont tout intérêt à pousser le secteur du disque vers le tout DRM car ils s'assurent ainsi un marché captif. Et ce, au moment même où les marges de ces éditeurs sont très menacées. J'aurais sûrement l'occasion d'y revenir plus en détail dans d'autres billets, mais vous aurez remarqué que le libre se répand très vite ces derniers temps. Et trop vite au goût des éditeurs qui voient là la fin d'un règne. Alors une technologie qui leur permettrait de s'assurer une certaine "captivité" de leur "clientèle" est sans nul doute une aubaine.

De leur côté, les majors sont elles aussi face à un problème. Un problème autrement plus grave que le téléchargement illégal. Aussi vrai que la photo digitale change le visage des industries qui s'y rattachent, l'ère numérique condamne tout aussi simplement les maisons de disque. Car dans l'ancien temps, ce disque, il devait être produit. C'est finalement lui qui octroyait à la musique la rareté nécessaire à sa valeur. Dans l'ère numérique, cette production n'a plus rien de rare, produire c'est dupliquer et dupliquer ne vaut rien. On aurait pu très sainement profiter de cette aubaine pour placer l'indice de rareté sur la création elle-même, sur l'artiste en somme. Mais cela reviendrait à court-circuiter cette industrie toute puissante qui n'y tient évidemment pas. Une impasse. Et pourtant, si leur modèle économique ne change pas, leur valeur ajoutée sera à terme nulle. Et ça, dans notre monde économique, c'est un arrêt de mort. La bonne solution serait alors de substituer le DRM au disque et conquérir ainsi le marché du droit d'écoute. La voilà la nouvelle rareté que le DRM rend possible, la rareté de l'écoute.

Droit d'écoute ? Ah oui, c'est peut-être le détail que l'on a oublié de vous donner. Le potentiel des DRM ne se limite pas aux seuls aspects techniques. Ils permettent la mise en place efficace d'un modèle de vente assez révolutionnaire. Ne plus vendre un disque mais seulement un droit d'écoute sur un contenu. Si vous en doutez, je vous conseil la passionnante lecture du contrat que vous signez tacitement en utilisant les services d'iTunes. C'est écrit en toute lettres. Vous ne pouvez utiliser ce que vous avez acheté qu'à des fins personnelles et non commerciales, et non à des fins de redistribution, de transfert, de cession ou de sous-licence. En d'autres termes (que des juristes me corrigent si je me trompe), je n'ai pas le droit de revendre ce que j'ai acheté sur iTunes, ni de le donner, ni de le léguer à mes enfants. Un peu comme pour un logiciel, vous ne possédez plus qu'un droit d'utilisation. Et un droit d'utilisation "volatile" qui plus est. Car, et c'est toujours dans le même contrat, votre droit peut être retiré, ou changer de nature, au bon vouloir du fournisseur, et de manière rétroactive.

Autant cela ne me choquait pas trop pour un logiciel mais cela me remue beaucoup plus pour un "objet" culturel. Poétiquement parlant, c'est la fin de la découverte des trésors musicaux de l'ancien temps dans les greniers de grand-papa, l'oreille collée au pavillon du gramophone. D'un autre côté, grâce aux DRM, nous allons sûrement voir apparaître moultes nouvelles offres, pour le plus grand bénéfice du consommateur, comme le dirait notre ministre de la culture : droit de lire à la maison, droit de lire en voiture. Et pourquoi pas un accord roaming pour avoir le droit de lire sa musique à l'étranger (le contrat iTunes interdit pour l'instant que votre musique sorte de France...). Je ne sais pas pour vous, mais moi je vais maintenant avoir un peu de mal à débourser 10€ pour un simple "droit d'écoute". Pour le coup, j'achète vraiment du vent. Ou alors il faut que les prix aillent avec, car 10€, c'est énorme compte tenu des limitations imposées et de l'absence de frais de packaging et de distribution du fournisseur. D'autant plus que sur les .99€ que vous coûte une piste, l'auteur, celui que l'on cherche à protéger en ce moment, ne touche que 3% contre 14% pour un CD (source indirecte du Magazine Challenge, à vérifier cependant)...

Nos plus renommés artistes s'inquiètent de ce qu'ils ressentent comme une attaque à leur moyen du subsistance. Et je les comprends. Je comprends aussi qu'ils sont liés par contrat à cette industrie musicale. Mais ce qu'ils devraient comprendre à leur tour, c'est qu'en prêtant ainsi main forte à des ambitions qui les dépassent, ils risquent rapidement d'être les victimes de ce qu'ils défendent, risquant d'entraîner aussi avec eux une certaine majorité d'artistes moins connus. C'est dommage, car en jouant cet air différemment, cela pourrait être leur talent, la nouvelle "rareté" du produit culturel.

DRM, la protection du déjà coupable

Sortons maintenant un peu de la technologie et imaginons un gouvernement qui déciderait d'imposer à toutes les automobiles un système de radio-surveillance. Un tel système vérifierait votre permis, votre vue et votre alcoolémie avant de vous laisser démarrer. Ensuite il enverrait en permanence à un central le détail de vos déplacements, votre vitesse ou le nombre de personnes présentes avec vous. A tout moment, les serveurs, s'ils le jugent nécessaire, peuvent arrêter la voiture, la faire se garer et vous obliger à rentrer à pied. Et ceci dans le but de réduire le nombre de morts sur la route. Je ne sais pas pourquoi, mais je gage que si un tel gouvernement osait ne serait-ce qu'évoquer une telle possibilité, le bon peuple en conclurait rapidement qu'on le considère comme de potentiels meurtriers du volant et tout le monde serait bien vite dans la rue. Attention, je ne parle pas d'un radar qui constatent une infraction, mais d'un système intégré dans votre sphère privée qui vous contrôle en permanence et agit de manière préventive sur vos libertés !.

Et bien les DRM c'est exactement ce principe transposé dans le monde virtuel. Car dans ce monde là, il semble acquis de pouvoir considérer les citoyens comme de potentiels délinquants. Pour notre gouvernement, les internautes ne sont sûrement qu'une bande de racailles modernes... Et c'est bien l'aspect de DADVSI que je trouve le plus choquant moralement. Que l'on constate, à l'image du radar, une infraction ne me pose pas de problème. Il y a des lois, elle sont connues et si je les transgresse, j'en assume les conséquences. Mais que l'on m'ôte, à priori, toute velléité de nuire en me prenant d'emblée pour ce que je ne suis pas, est pour moi une dérive éthique très grave digne des meilleures anticipations totalitaristes.

Les DRM sont à mes yeux une hérésie née des appétits qu'aiguisent un très certain potentiel technologique. C'est aussi une facilité qui évite de repenser les problèmes à leurs sources. On peut utiliser l'atome pour se chauffer l'hiver ou pour démontrer sa puissance au monde. Les technologies de l'information rendent possible un tout répressif qui était jusqu'alors inimaginable. Elles permettent aussi un échange d'idée comme je suis en train de le faire ici. Je ne connais pas l'issue de ce débat mais j'espère que nos députés vont s'armer pour comprendre les implications sociales, morales et techniques de cette loi. Et s'informer consiste à écouter et se faire un avis. Les majors et les éditeurs ont, eux aussi, un avis à donner. Mais sûrement pas leur mot à dire. Nous avons confié à l'Etat la charge de préserver nos libertés, de protéger notre individualité et notre intégrité morale. Il a le devoir de nous orienter face à nos responsabilités mais pas de nous conditionner et de se retourner contre nous. L'Etat a pour mission de contrôler et de sanctionner si la ligne rouge que nous avons fixée ensemble a été franchie. Nous avons une police spécialisée dans ces technologies et elle a un rôle à jouer. Et que l'on arrête de dire que sur Internet la chasse aux actes illégaux est difficile. Les DRM sont pour moi un constat d'échec. Étouffer un comportement n'incite pas un individu à changer et à prendre ses responsabilités. Enfin, l'Etat n'a pas pour vocation d'aider les acteurs économiques à s'imposer et encore moins au détriment de celles et ceux qu'il représente.

Les commentaires...

Marc S. (non vérifié), le 31-01-2006

Bonjour,

merci beaucoup pour cet article sur les DRM. Il me semble qu'il s'agit du meilleur article que j'ai vu sur le sujet.
Mais qu'est ce qu'une DRM ? C'est l'acronyme de "Digital Right Management", ce qui veut dire 'logiciel de gestion des droits numériques'. Il me semble que ce terme regroupe l'ensemble des techniques de protection de droit. Ainsi des technologies telles que Palladium ou la TCPA, technologies, me semble-t-il, sont aussi des DRM. Elles signifieraient la mort du logiciel libre. De plus, le rétro-engineering décris dans l'article ne serait pas, je crois, adaptable à ces technologies. Serait il nécessaire de faire un petit topo ici, peut être un peu plus clair que celui que le mien, pour expliquer cela ?

Ulhume, le 02-02-2006

Préciser ce que veux dire littéralement DRM ne serait pas un luxe, c'est vrai. Et concernant TCPA, c'est en effet la théorie qui chapeaute l'ensemble. Les DRM ne sont qu'un rouage du vaste mécanisme "Trust-Computing". Sorte de l'état dans l'état. Etat de l'information dans l'état politique et sociale j'entends. L'enjeu est de taille. C'est d'ailleurs à la suite de la lecture d'un papier sur Paladium que j'ai bazardé mon windows pour ne plus toucher qu'aux OS libres. Il y a trois ans. Entre temps l'idée semble sortir du bois.

D.Durand (non vérifié), le 13-02-2006

Texte très intéressant, mais certes pas neutre : D'un côté les "méchants, rétrogrades et obsolètes" propriétaires (l'auteur n'oublie d'ailleurs pas de leur accoler le terme bien parlant de "fermés"), de l'autre les "gentils, progressistes et modernes" open-sources ("ouverts").
Il est étonnant qu'aucun article de ce genre ne mentionne jamais les énormes sommes brassées par l'open-source et tous les standards "ouverts", les discussions de "gourous" du libre su les moyens de "complexifier" logiciels et langages libres avant d'en "fermer" les utilisations avancées aux "simples pékins", etc.

Le pire est sans doute la remarque du Apple et son "monopole bien juteux". Le choix de tels mots n'est pas anodin.
Vous dites qu'Apple n'a aucun interet à perdre ce "monopole bien juteux" ? Dites plutôt qu'Apple n'aurait jamais eu d'intéret à se lancer là dedans sinon... Et que la musique en ligne, ben personne n'en aurait *du tout*. Les pauvres auteurs que chacun, dans le monde du libre, se prête à plaindre, après tout, ont très rarement pris les devants : C'est toujours plus facile d'attendre que quelqu'un se lance pour lui tomber ensuite sur le dos et à présent qu'il a bien tracé la route, tout lui piquer gratuitement. Et si possible en le calomnier (comme le fait honteusement la fondation Mozilla contre Netscape, sans qui elle ne serait *rien*. Feraient mieux de corriger les bogues éternels de firefox, comme le copier-coller. C'est bien simple : J'ai fini pas passer à Opéra, et sous Linux en plus).
Open-office, au passage, n'existerait pas sans le "propriétaire" tant honni (ce n'est qu'un fork grassement arrosé d'un logiciel propriétaire, après tout).

Les DRM, c'est un truc chiant, sans doute (pas autant que l'impôt SACEM - qui profite pas mal à certains artistes que les promoteurs du libre évitent d'ailleurs curieusement de nommer -. Vivent les achats en Allemagne). Personnellement je n'achête plus de musique. Le dernier devait être une compilation "souvenirs" de Modern Talking. Des musiques intéressantes sont devenues trop difficiles à trouver.
Mais rien n'empêche tous ces artistes qui se plaignent des DRM de vendre directement des fichiers ogg ou mp3 sur leur site internet, ou de se regrouper pour le faire s'ils trouvent cela trop compliqué : On trouve des scripts de boutique marchande pour quelques sous, et l'interfaçage avec un système de paiement ne coûte pas trop cher.
Mais voilà : Personne ne le fait (ou presque). C'est plus facile de se plaindre.

Ulhume, le 13-02-2006

Bonjour,

Pour répondre à vos questions.

1/ La dualité "méchants, rétrogrades et obsolètes" et "gentils, progressistes et modernes" n'est pas ici de mon fait. J'utilise les termes "fermé", de même que "ouvert" pour signifier "au source accessible ou non". Propriétaire et libre signifiant "utilisable sans licence payante ou pas". Du moins j'essaie de coller à ces définitions :) De même "OpenSource" signifie pour moi seulement "Ouvert" et pas forcément "Libre".
La seule chose que je déclare ici est que le modèle éditeur est en fin de vie. Je n'ai jamais dit que son successeur était un ange... L'OpenSource et même le libre brassent une quantité énorme d'argent. Et IBM n'est pas un philanthrope cela va sans dire. Donc au moins soyez assuré que je ne pense sûrement pas que les "libristes" soient les nouveaux gentils. Le libre est un "modèle" économique et Stallman est le premier à le dire. Avec tout ce que cela implique.

2/ Une fois de plus j'ai peur que l'on se trompe de débat. Apple a inventé une grande partie de la métaphore homme-machine que l'on utilise aujourd'hui (En réalité c'est Xerox). Je ne reviens pas là dessus. Et iPod/iTunes a aussi été une grosse avance prise par la pomme. Mais le monopole dont je parle est celui du DRM, pas celui du produit. Même si je l'avoue, la perte du second induira la perte du premier. Le "blindage" d'oeuvre culturelle n'est pas acceptable. Cela ne remet pas en cause l'innovation que cela a représenté. Il y a des limites qu'il ne faudrait seulement pas franchir trop rapidement.

3/ La calomnie est un art auquel tous les bords se livrent. Malheureusement. Mais pour avoir une vision plus objective des griefs Mozilla/Netscape, il est nécessaire de comprendre que Mozilla sort de 8 ans de réécriture totale de Netscape. FireFox n'est plus Netscape et pourtant, Netscape le distribue... Rien n'est jamais simple. L'ingratitude des enfants en quelque sorte ;-)

4/ Le propriétaire n'est pas honni, en tout cas pas par moi. Pour moi il n'existe pas, je n'en utilise pas et je n'en ai pas besoin. A partir de là je n'ai rien à haïr.
Dans cet article j'ai essayé de parler d'un côté d'une nécessité de d'un DRM ouvert ET libre pour n'exclure aucun acteur. De l'autre constaté l'incompatibilité inquiétante des logiciels libres avec les DRM fermés et/ou propriétaires. Si les gens qui veulent utiliser Mac, Windows ou je ne sais quel autre logiciel propriétaire, c'est très bien. Mais je dois pouvoir avec mes logiciels libres accéder aux médias culturels, et cela ne peut passer que par un DRM libre.. ou pas de DRM du tout :)

5/ Si à la lecture de cet article vous pensez que les DRM, "c'est un truc chiant", j'ai lamentablement échoué. Je n'ai en revanche pas saisi la référence aux artistes qui profitent de la Sacem et des achats en Allemagne. Ceci dit, la Sacem interdit à ses "membres" (je ne me souviens plus du terme exacte) de distribuer de la musique librement. C'est aussi simple que cela. Récemment une "avancée" a été obtenue concernant les média en flux... Donc personne ne le fait car ils n'en ont pas le droit... Les gens ne se plaignent pas _que_ pour le plaisir :)

En espérant avoir répondu à vos questions.

Ulhume

Gords (non vérifié), le 20-02-2006

Merci pour cet article, limpide.
Un point à rajouter au paragraphe "DRM, la protection du déjà coupable" : Les DRM nuisent fortement à monsieur tout le monde (en le limitant dans l'utilisation du produit acheté) sans pour autant empecher le pirate de produire des copies.
Le rootkit Sony en a été l'exemple caricatural.

Ulhume, le 08-03-2006

Oui, dans le cas de Sony c'est même le contraire qui s'est passé. Les pirates ont tout simplement profité de l'aubaine d'un rootkit tombé du ciel pour se faire la main sur les machines de leurs "camarades". Le plus drôle dans cette histoire reste cependant le correctif mis en ligne nécessitant MSIE et qui laissait, une fois le root-kit enlevé, les portes des PC grandes ouvertes. Du coup, deuxième correctif pour corriger le correctif... Ah il est loin le temps où les produits de Sony me faisaient rêver :)

Piou, le 14-02-2006

Je suis tout d'abord surprise par les qualificatifs mentionnés au début de votre texte: je ne trouve nul part mention dans le présent article des termes "méchants, rétrogrades et obsolètes" que vous citez. Pour le reste, plusieurs réflexions me sont venues à l'esprit après lecture de votre commentaire :
1. Oui, vous avez raison, l'Open Source est un secteur économique en expansion qui "brasse des sommes énormes" et qui (je l'espère) génèrera beaucoup d'emplois en France dans le domaine des prestations de service informatiques. Alors que le secteur de l'édition logicielle propriétaire est atone et embauche faiblement, il serait dommage de se priver de cette nouvelle dynamique en la tuant dans l'oeuf.

2. Apple a été innovante en lançant son offre IPod / ITunes, et il est juste que cette entreprise en tire bénéfice. Et si ses clients sont d'accord avec les restrictions qu'elle leur impose dans son contrat de vente, nul n'a rien à y redire.
Mais là où la société civile devient concernée dans son ensemble, c'est lorsque qu'un gouvernement entend imposer ce modèle à tous, en légiférant brutalement sans en estimer toutes les conséquences. Encore une fois, il ne s'agit pas que de musique dans cette histoire de DRM, même si c'est le sommet le plus visible de l'iceberg : c'est de contrôle sur la circulation de l'information dont il est question... juste derrière.

3. Bien sûr que les logiciels Open Source sont inspirés au départ par les idées de logiciels propriétaires. Mais devrait-on accorder une rente de situation à une entreprise parce qu'elle a été innovante un jour, même si par la suite elle n'a pas su évoluer et s'adapter aux changements de son environnement ?
Quelle ironie, au fond : ces mêmes sociétés qui invoquent "la loi du marché" à l'OMC quand il s'agit de prendre des marchés dans des pays émergents, se replient soudain sous l'aile protectrice de la loi quand il s'agit de bloquer de nouveaux entrants potentiellement plus innovants dans leur modèle de valeur...

Pour conclure, j'aimerais souligner que nous nous efforçons avec Ulhume de ne pas tomber dans un quelconque manichéisme. Car s'il y avait des méchants et des gentils 100% certifiés, la vie serait tellement plus simple.
Notre objectif est simplement d'inviter nos lecteurs à réfléchir avec nous sur ce qu'ils ont envie de voir demain en guise de "société de l'information".

Piou.

huan (non vérifié), le 02-08-2006

j'ai vu ton article, pour en discuter plus avec toi, peux tu me contacter par mon adresse mail: wuhuan2003@gmail.com

merci

Laza (non vérifié), le 02-03-2006

Une petite remarque en plus de celle des autres :

Si les artistes n'ont pas, les premiers, profité d'internet pour proposer les oeuvres en ligne, c'est que tout simplement ils ne pouvaient pas. En effet pour la plupart, leur contrat avec leur éditeur leur interdisait de mettre leur musique à disposition sans l'accord de leur maison de disque.
Cela dit, beaucoup de ceux qui n'était pas bloqués de cette manière l'ont proposé des morceaux sur leurs sites.

Ulhume, le 02-03-2006

Je ne suis pas sûr de saisir la référence par rapport à l'article mais ce que vous dites reste vrai. Et cela sort du cadre de l'éditeur car, avant qu'il soit pour la N-ième fois "épuré" le site "mes telechargements.com" contenait la mention:

pour les artistes déclarés auprès de la SACEM, le fait de proposer votre titre en téléchargement cadeau implique le paiement de votre part des droits liés à votre oeuvre auprès de la SACEM même si vous êtes vous-même auteur-compositeur de l'oeuvre.

seb (non vérifié), le 17-02-2006

"Attention, je ne parle pas d'un radar qui constatent une infraction, mais d'un système intégré dans votre sphère privée qui vous contrôle en permanence et agit de manière préventive sur vos libertés !"

Un système qui s'invite de façon temporaire ou permanente, dans votre sphère privée, existe depuis peu en matière automobile : voir l'article 7 de ce texte de loi :

"L'article 26 de la loi n° 2003-239 du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure est remplacé par les dispositions suivantes :

« Art. 26.- Afin de prévenir et de réprimer le terrorisme, de faciliter la constatation des infractions s'y rattachant, de faciliter la constatation des infractions criminelles ou liées à la criminalité organisée, des infractions de vol et de recel de véhicules volés, de permettre le rassemblement des preuves de ces infractions et la recherche de leurs auteurs, les services de police et de gendarmerie peuvent mettre en œuvre des dispositifs fixes ou mobiles de contrôle automatisé des données signalétiques des véhicules prenant la photographie de leurs occupants, en tous points appropriés du territoire, en particulier dans les zones frontalières, portuaires ou aéroportuaires ainsi que sur les grands axes de transit national ou international.

« L'emploi de tels dispositifs est également possible, à titre temporaire, pour la préservation de l'ordre public, à l'occasion d'événements particuliers ou de grands rassemblements de personnes, par décision de l'autorité administrative. "

Ulhume, le 17-02-2006

Très rassurant ce que vous me dites... Je vois que le Patriot Act à la Française ne s'arrête pas à la LEN :/ Ceci dit, je ne pense pas que la mise en oeuvre de cette loi passe un jour par la mise en place d'un tracker dans chaque véhicule... C'est l'avantage du monde physique. Il pose des limites de faisabilité que le virtuel ne connaît pas...

Ulhume

TL (non vérifié), le 08-03-2006

Il existe déjà des essais in situ de régulation de la vitesse des véhicules par satellite, avec computer embarqué. J'ignore où sont traitées les données de limitation de vitesse, mais le satellite détecte votre position et votre vitesse puis contacte l'ordinateur embarqué qui ordonne au véhicule de ralentir si vous êtes en excès sur tel ou tel segment routier. Il me semble que les essais ont eu lieu au moins aux Pays Bas.
Faudrait songer à relire Philip K Dick...

Ulhume, le 08-03-2006

Au Royaume Uni aussi si mes souvenirs du temps que j'ai passé dans ces contrées restent exacts. Là l'idée est de maintenir une carte des véhicules, de leurs chemins et de leur vitesse, histoire d'aller féliciter à domicile les plus talentueux. Mais pour l'instant, cela ne semble pas à l'ordre du jour sur les routes de France.

Anonymous (non vérifié), le 28-02-2006

Merci pour cette explication limpide à distribuer dans toutes les écoles (et à pas mal de députés...)
Pour info Mandriva vient de s'associer avec Mindawn pour diffuser de la musique online en toute légalité, et dans des formats ouverts et performants (ogg vorbis) et sans DRM ...
News sur http://wwwnew.mandriva.com/fr/company/press/pr/mandriva_2006_to_offer_on...
Musique sur http://www.mindawn.com/

Ulhume, le 28-02-2006

Yep j'ai vu cela. Maintenant le catalogue d'artiste semble assez limité. A suivre donc :) Il y a aussi Jamendo qui est un réservoir que je suis loin encore d'avoir épuisé

rocbo (non vérifié), le 11-03-2006

S'il est normal que les droits d'auteur ne soient pas spoliés, il est inadmissible de partir du principe que le consommateur, l'internaute, le fan soit un délinquant en puissance, que l'on bafoue le concept de Présomption d'innocence. La généralisation des verrous (drm) sont un affront fait à ceux-là mêmes qui font vivre la sphère médialo-culturelle en leur déniant la jouissance complète, la pérennité des biens acquis légalement, en les obligeant à changer leurs lecteurs matériels ou logiciels devenus obsolètes. Ne parlons pas du problème d'interopérabilité ni même de l'éventuel flicage de nos habitudes rendu possible par cette technologie.

Une question cruciale se pose:
Que deviendront nos fichiers multimédias quand les sociétés drmisantes (Apple, Microsoft ...) auront disparues et qu'il ne sera plus possible de mettre à jour les droits d'accès aux oeuvres dûment acquises ?

Une action s'impose:Boycott des DRM

Images en copyleft


http://rocbo.net/drm/

Ulhume, le 11-03-2006

Non, une action s'impose, passez comme moi sous Linux, comme cela la question du boycott ne ne posera même plus ;-)))))

Plus sérieusement, j'ai déjà cru voir votre "tract" ailleurs... Vos images ne sont pas mal mais j'éviterais à votre place l'amalgame DAVDSI/P2P. Le P2P est le carburant utilisé par les pro-dadvsi pour justifier leur action. C'est vrai à un tel point qu'aux yeux des médias traditionnels (le 20h sur FR2), ce n'est même plus DADVSI que l'on vote mais la "loi sur le téléchargement".
Une aberration qui arrange bien les majors car du coup, DADVSI devient LA loi qui lutte contre le piratage et pas celle des DRM qu'ils préfèrent moins médiatisés.

rocbo (non vérifié), le 11-03-2006

"Passez comme moi sous Linux..."

Je suis "passé" sous un paquet de SE depuis mes débuts (1979) d'utilisateur de l'informatique (cf mon musee). Actuellement sous MacOs X, je ne désespère pas tater du Linux et/ou BSD à ma retraite (dans quelques mois) plus par curiosité que par nécessité. Au reste, j'me fais actuellement la main sous X11.

Je n'suis pas militant et ne l'ai jamais été mais la tournure que prend la planète informatique et son satellite internet (internaute depuis 1997) me fait craindre le pire.
Seul, le mouvement du libre (Pour pas un kopeck) me fait espérer quelques espaces de respiration à défaut de libertés.

@+

Ben (non vérifié), le 22-03-2006

Non mais attendez vous croyez quoi on va vous laissez le mp3 en vous disant soyez sage mes petits enfants ?

Vos libertés de pillez faut arreter ...

Ulhume, le 22-03-2006

Hum, drôle de remarque. Je ne vois pas le rapport avec l'article mais essayons de prendre cela avec recul ;-)

    Depuis le début de ce débat il y a trois partis :

  • Le consortium du "tout verrou" - Gouvernement, majors, éditeurs, etc.
  • La Ligue de la mule - Regroupant tout ceux à qui l'on a vendu une ligne haut débit pour télécharger toute la musique qu'ils veulent (souvenez vous de certaines pubs il y a un an à peine)
  • L'alliance du "DRM non merci". Comprenant moi-même mais aussi et entre beaucoup d'autres des gens comme Christian Paul.
  • En préambule, je dirais que les DRM sont une technologie aussi neutre que l'atome. On peut en faire des centrales nucléaires, guérir des cancers mais aussi vaporiser quelques millions de japonais.

    Le consortium, regroupant des intérêts privés forts et des gouvernements, a tout intérêt à atomiser l'information justement. D'un côté cela représente plus de revenus, de l'autre une paix sociale mieux contrôlée. Le consortium prétend évidemment que les DRM ne servent qu'à faire cuire les petits pois. Rien de dangereux. Mais c'est nécessaire malgré tout, tant la menace des "pilleurs" de la ligue est forte.

    La ligue quant à elle joue bien malgré elle le jeu du consortium. Elle ne parle que d'échange, de téléchargement, de rémunération aussi. Tout ce que le consortium déclare comme étant la graine d'une ruine certaine de leur empire économique, je veux dire bien évidemment par là, la fin de la culture et des petits artistes.

    L'alliance quant à elle tente autant qu'elle peut de faire comprendre au plus grand nombre (dont vous semblez faire partie) ce que les DRM peuvent provoquer comme dégâts lorsque lâchés comme cela, sans contrôle populaire, sur 60 millions d'individus (Un peu comme ce que le gouvernement s'apprête à faire avec les OGM d'ailleurs). C'était le sens même de cet article. Je n'ai jamais écrit sur une quelconque légalisation d'un quelconque pillage. Ou alors votre remarque est plus liée à une grogne générale qu'à l'article que vous avez lu.

    Maintenant sur votre remarque elle-même, et sur le terme de "pillage", je vous conseille la lecture de ce très intéressant article

    Piou, le 22-03-2006

    Utilisateur MP3 = Pirate. Forcément, c'est logique.
    Il n'y a aucune autre possibilité. Dans la même série, je propose (LOL) :
    - Internaute = resquilleur irresponsable
    - Femme au volant = mort au tournant :p

    C'est avec ce genre d'amalgame douteux que se construisent le terrorisme intellectuel et la dictature mentale.
    Un outil reste un outil, et c'est la manière dont on s'en sert qui détermine la justesse et la légalité de notre comportement. Cela s'appelle le libre arbitre et aux dernières nouvelles, nous sommes encore dans une civilisation qui intègre cette valeur.
    Dans le cas contraire, je propose alors qu'on interdise les couteaux (y compris ceux à tartiner le beurre), sous prétexte que les gens peuvent les planter dans le bide du voisin. On peut ainsi infantiliser l'individu et anticiper toute forme de délit imaginable avant qu'il ne soit commis. Mais dans quelle société serons nous, dès lors ?

    Autre chose :
    - réglementer ne veut pas dire verrouiller, mais poser des limites.
    - l'Etat est là pour concilier raisonnablement les libertés de tous les groupes sociaux.
    - l'alternative à la noix genre "z'avez le choix entre notre solution, ou la ruine totale, le pillage et la sauvagerie sur le net" sent le soufre et la manipulation à plein nez, comme tous les raisonnements manichéens et simplistes d'ailleurs.
    - il existe d'autres solutions possibles pour "réguler" l'usage des outils que sont le P2P et autres MP3 (et je ne pense pas forcément à la licence globale). Des solutions respectueuses des droits civiques de l'individu. Encore fallait-il prendre le temps de creuser la question.
    - il n'est pas seulement question de musique et de MP3 dans cette histoire, pour ceux qui savent raisonner et voir au delà de leur nez. Musique, image, textes... tout est contenu informationnel. L'enjeu est la libre circulation des richesses intellectuelles et des idées dans notre société demain.

    Mais développez je vous prie votre raisonnement.
    Puisque vous semblez penser que ce modèle de DRM et cette loi sont de bonnes choses, expliquez moi en quoi est-ce bien et bon que l'Etat autorise des sociétés commerciales à ouvrir une porte sur votre vie privée, sur vos données personnelles, et tout ceci à votre insu sans que vous ayez une maîtrise là dessus ?

    Akrew (non vérifié), le 28-10-2006

    C'est avec ce genre d'amalgame douteux que se construisent le terrorisme intellectuel et la dictature mentale.

    C'est la reflexion la plus pertinente qui m'a été donné de lire cette semaine. En pointant du doigt une catastrophe générale et un ennemi capital qui en serait la cause, on peut donner le pouvoir à un organe législatif (ou exécutif) d'imposer des conditions souvent inacceptables en créant un consensus qui aboutit discrètement et de façon impalpable à la destructuration des institutions de modération et de contrôle de ce même organe. Bush Junior et Tony Blair en ont d'ailleurs fait l'expérience en pointant du doigt l'ennemi de toute la planète pour justifier certaines de leurs actions. Aujourd'hui des lois aussi institutionnelles que l'Habeas Corpus en Angleterre sont menacées par ces lois dites "Anti-terroristes" qui donnent plein pouvoir à l'exécutif (de retour à la Monarchie en pleine "Démocratie" ?).

    De même, dans le cadre des DRMs, le manichéisme des grandes industries stigmatisent les réseaux de P2P et les consommateurs en annonçant une catastrophe tant économique et culturelle sans précédent à coup de grand renfort médiatique. Dès lors, la solution qu'ils proposent est bien entendu un système de DRM présenté comme ultime et unique réponse contre ce fléau mais qui, après une analyse plus pointue, dévoile leurs réelles intentions économiques. Quoi de mieux que de crier aux loups pour faire sauter les garde-fous qui auraient contenus nos actions en temps de paix (était-ce la période d'avant les réseaux P2P)!!!

    Le plus inquiétant pour ma part est que les derniers bastions qui s'imposent comme garde-fous contre de tels initiatives (DADVSI) des industriels ou lobbies ...etc... sont de simples citoyens indépendants ou associations qui tentent tant bien que mal de faire prendre conscience à leurs lecteurs des dangers qu'ils n'auraient sans doute jamais réalisés s'il n'avait pas lu leurs billets dans différents blogs ou forums. Quel pouvoir est donné à des associations telles que l'EUCD ? Quand l'Etat répond aux abonnés absents, il y a-t-il véritablement un garde-fou qui a le pouvoir protèger nos droits ? d'empêcher la manipulation médiatique ?

    bat (non vérifié), le 17-05-2006

    merci, merci beaucoup, j'avais du mal a formaliser l'ensemble des critiques que j'avais face à ce systeme de drm et vous venez de le faire de bien belle manière

    smirnoff69ice, le 20-06-2006

    Bonjour,

    tout d'abord félicitations pour cet article, il est vraiment très bien. J'ai quand même une question un peu technique, quel est le cryptage utilisé par les DRM ? C'est un cryptage à clé secrète mais c'est quoi exactement ?

    DES, AES, ???

    Ulhume, le 20-06-2006

    Bonjour,

    Merci pour les félicitations, je rêve d'avoir un peu de temps pour ajouter les volets qui manquent...

    Concernant le cryptage, c'est un des point interessant, je n'en sais rien. Je n'ai pas trouvé de référence à un algo connu dans le specs que j'ai eu entre les main en tout cas. Désolé, mais donc pas de réponse mais n'hésitez pas à m'en parler si vous en trouvé une.

    Alinus (non vérifié), le 03-07-2006

    Bonjour,

    Bravo pour cet article ! Effectivement il aurait été utile à nos gourvernants de le lire avant de recevoir les lobbyistes de VU !
    Il me semble impartial et sans parti pris polémique.

    Je pense que l'analogie avec les radars sur les routes est des plus pertinente et nous indique l'avenir d'Internet en France. Les DRM imposent de fortes contraintes à ceux qui achetent de la musique par Internet mais ceux qui téléchargent illégalement continueront à le faire. Un peu comme ceux qui ne respectaient pas les limitations de vitesses passaient entre les mailles des radars mobiles... Devant le peu de résultats de ces contrôles aléatoires, il fut décidé d'installer des contrôles automatiques (en plus).
    Et aujourd'hui ces radars automatiques sont en train de faire disparaitre -en très grande partie- les grands excès de vitesse sur nos routes.
    Fort de cette analogie, il me semble probable que le filtrage automatique d'Internet par les FAI soit remis à l'ordre du vote dans peu de temps...

    Il y aurait beaucoup à dire sur le fossé entre nos gouvernants et le monde numérique dans lequel nous vivons (mais pas eux apparemment). Les taxes sur les supports numériques vierges, la taxe sur les écrans LCD, etc sont autant d'aveux d'impuissance à agir sur un système qu'ils ne comprennent pas.

    Enfin, ce qui m'inquiète le plus dans la loi DADVSI c'est la collusion affichée entre politiques et grandes firmes commerciales pour le vote d'une loi (par exemple les modifications de dernière minute apportées au principe d'interopérabilité suite aux pressions d'Apple). Cela me parait nettement plus grave que les DRM...

    Crevette (non vérifié), le 05-01-2007

    Bonjour!

    Merci pour cette explication, je la transmet!

    On dirait que les choses commencent à changer: une maison dedisque explique sur son site comment contourner les DRM :-)

    http://copycontrol.emi-artistes.com/copie.html

    Je pense que ce système est juridiquement innaplicable, qu' il nie la culture, et que pour ces raisons et bien d'autres, cela ne peut pas marcher.

    De toute façon, je n'utilise pas de logiciels propriétaires, donc je n'ai pas ces contraite, et mon baladeur sait lire le .ogg

    De toute façon, si un jour la musique numérique ne marche plus, j'ai toujours mes guitares et des musiciens avec qui jouer ;-)

    bus lane (non vérifié), le 06-02-2007

    Bonjour,

    je tiens à vous remercier pour l'apport que vous apportez à mon mémoire : je suis en train de faire un memoire sur les evolutions des habitudes de consommations dans la musique, et votre article est profond et très interessant.

    Merci pour ce que vous faites , et bonne continuation !

    Ulhume, le 07-02-2007

    Merci à vous pour ce retour :-) En tout cas votre sujet est intéressant, j'espère que vous pourrez nous en faire lire une copie le moment venu ;-)

    bus lane (non vérifié), le 07-02-2007

    Avec plaisir ! je vous ferais parvenir tout ceci !
    Bye !
    M.

    Ang (non vérifié), le 14-02-2008

    super intéressant comme article, on nous rebat les oreilles avec les DRM sans nous en expliquer le fonctionnement technique, au moins c'est fait !

    Je pense qu'avec un petit schéma , le cycle de lecture du fichier vérolé serait plus abordable!

    féliciations
    a +

    Ulhume, le 14-02-2008

    Et bien merci, ça fait plaisir de voir que malgrès le temps qui passe, ce billet reste utilisable. C'est une bonne idée pour le schéma, je vais voir si je peux actualiser ce vénérable ;-)

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