Nos politiques sont confrontés à une décision difficile à prendre ... Chantal Sébire, souffrant d'une maladie incurable a demandé l'autorisation de mettre fin à ses jours ; la tumeur des sinus qui l'affecte depuis des années lui déforme le visage, lui inflige d'énormes souffrances qui ne peuvent plus être contrôlées.

Après avoir fait une demande de suicide médicalement assisté à titre exceptionnel au chef de l'état lui-même, que lui répond-on ? en gros, la réponse de Sarkozy est de lui proposer une é-nième expertise médicale ; c'est un peu comme si on lui répondait par cette question abjecte : «et depuis ces douleurs aux sinus, vous avez déjà pensé à consulter ?»

Où est-il le Sarko qui saute sur la moindre occasion pour défendre la veuve et l'orphelin ? Où sont-ils ces fanatiques de l'émotion ? Se seraient-ils faits déborder sur leur propre axe de communication ?

Fillon, peu courageux, se retranche derrière un simple :

la difficulté pour moi dans cette affaire, c'est qu'on est là aux limites de ce que la société peut dire, de ce que la loi peut faire

alors que la Dati, entre un dîner habillé et une réception de 300 femmes à l'Elysée, déclare du haut de sa superbe :

Je considère que la médecine n'est pas là pour administrer des substances létales.

Il est vrai que les situations d'euthanasie ne sont pas simples à gérer car elles nous renvoient à la conception judéo-chrétienne de la vie qui s'infiltre dans notre culture, que l'on soit croyant ou non. Et la chose n'est pas simple car légiférer sur le sujet en l'autorisant, c'est s'ouvrir à un risque évident de dérives. Mais ce débat, le gouvernement le redoute aussi car l'électorat tradi-catho-droitiste n'est probablement pas prêt à l'aborder.

Et dans cette lignée traditionaliste, la palme de la connerie revient à Christine Boutin qui a laissé éclater ses angoisses métaphysiques :
Il faut dire à cette femme qui a le visage abîmé qu'elle peut être aimée et que sa dignité dépasse cela. On est en train d'instrumentaliser la détresse légitime de cette femme pour pouvoir essayer de légaliser l'euthanasie. Vous croyez vraiment que donner la mort c'est un geste d'amour? C'est un non-respect de la dignité de cette personne

Et que fout Rama Yade ? On ne l'a pas entendu depuis un moment (à part pour se ridiculiser) : pourtant le sujet est connexe à celui des «droits de l'être humain» n'est-il pas ?

Mais au-delà de toutes les complications éthiques, juridiques et autre, on peut se demander ce qui dérange les Fillons, Boutin, Sarko et compagnie ... car quand il est question de légiférer sur la religion, la spiritualité, ils ne se gênent pas une seconde, bien que cela touche à l'intimité de chacun.

Sarko n'hésite pas à mettre ses gros sabots dans nos jardins intérieurs quand il déclare que le mal du siècle n'est pas dû à la présence de Dieu mais à son manque. Et quand il s'agit de revoir si certaines sectes ne pourraient pas être autorisées à sévir, l'idée, même si elle vient d'un conseiller présidentiel, est lancée.

Finalement, ce qui les gêne au-delà de simples considérations électoralistes, c'est sans doute qu'une femme lucide soit suffisamment au clair avec elle-même et sa maladie pour savoir ce qu'elle peut et ne peut plus supporter, ce qu'elle veut et ne veut pas.

C'est la crainte que l'humanité d'une personne puisse être au-dessus les lois, car si on ne veut pas répondre au problème posé par une nouvelle loi (comme c'est le cas dans certains pays), alors il faudrait accepter de passer par-dessus les lois actuelles.

C'est enfin tout simplement que les gens prennent en main leur libre-arbitre : si on ne les contrôle plus par des lois ces gens, où allons-nous ?

Je n'accepte plus la souffrance qui perdure, cette sortie d'oeil sur laquelle on ne peut rien. Faut-il attendre qu'il sorte de mon visage pour qu'on m'aide ? A cela on m'objecte le coma mais ce n'est ni digne ni humain, ni respectueux de moi-même et de mes enfants. Je veux partir en faisant la fête entouré de mes enfants, amis et médecins, avant de m'endormir définitivement à l'aube.

Chantal Sébire ira sans doute dans un pays autorisant l'euthanasie dans le cas où elle n'y serait pas autorisée en France. D'où qu'elle parte, souhaitons-lui qu'elle parte en paix, auprès des siens.

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