C'est quoi cette crise : #1 - la Dette

29/01/2012 - Piou

Cela fait plus de deux ans à présent que la crise financière puis économique est apparue dans notre quotidien, grâce aux grands titres que nous balancent régulièrement les journaux. Or, pour comprendre ce qui est en train de se passer sous nos yeux, quelques notions fondamentales en macro-économie manquent à beaucoup d'entre nous, pour peu que l'on n'ait pas choisi une filière d'étude ou une activité professionnelle liée à ce genre de sujet. Alors, dans cette bouillie mal cuisinée servie chaque jour par la presse, comment faire pour discerner la réflexion pertinente de l'écholalie ? Quels décryptages sont intelligents et quelles analyses sont à retenir ? 

Pour vous aider à vous construire votre propre idée sur la question, et plutôt que de pondre à mon tour un énième article fleuve sur le sujet, je vous propose une sélection d'articles pêchée par mes soins dans l'océan du web, et choisie évidemment en fonction de mon unique subjectivité. Ca s'intitulera "C'est quoi cette crise" et aura pour objectifs de vous donner de façon simple et pédagogique ces quelques notions de macro-économie et d'économie politique qui vous permettront  non seulement de briller dans vos prochains dîners en ville mais aussi de décrypter vous-même la crise systémique qui est en train de se dérouler sous nos yeux.

Premier épisode : on commence aujourd'hui par la notion de "dette", et plus particulièrement de dette souveraine, avec une série d'articles à lire d'une seule traite écrits par Jean-Luc Schaffhauser  pour le site Atlantico ; "Les 40 ans de prise du pouvoir par la finance"  

1. La perte du triple A, et le rôle de la BCE 

(Lire le 1er article ici)

Un premier article certes intéressant, mais sa lecture n'est pas indispensable pour comprendre ce qui va suivre. L'auteur établit un rapide état des lieux, rappelle les derniers évènements survenus et pose la question clé suivante : "Mais pourquoi la BCE a-t-elle le droit de prêter aux banques européennes à des taux ridiculement bas pour qu'elles puissent se refinancer et éviter ainsi la faillite, alors qu'il lui est interdit de faire la même chose vis-à-vis des états de l'UE, quitte à les laisser se faire étrangler par les sus-nommées banques qui leur appliquent des taux ahurissants ?"  

Cela vous intrigue aussi, hein ? Lisez alors vite la suite. 

2. Pourquoi l'Etat français a-t-il décidé en 1973 de transférer son droit régalien de création monétaire vers le secteur bancaire privé

(Lire le 2e article ici)

"Comment sommes-nous passés, d’une société où, malgré toutes les imperfections humaines et sociales, l’économie travaillait pour l’homme, à une société où l’homme travaille pour l’économie et l’économie pour la finance ?

Au centre de ce changement de nature, il y a, en France, la loi du 3 janvier 1973. Cette loi à peu près inconnue du grand public a en effet bouleversé l’organisation de la finance, et ses rapports avec l’État, garant de l’intérêt général. En effet, cette loi, directement inspirée du système américain de la FED (réserve fédérale américaine), interdit à la Banque centrale de faire des avances au Trésor. Dit autrement, de prêter directement à l’État de l’argent à taux zéro ou à un taux équivalent à celui qui prévaut lorsque la Banque centrale prête de l’argent aux banques.

Cette loi du 3 janvier 1973 - dite loi "Pompidou Giscard" - est à bien y réfléchir assez discutable. Jusqu'à cette date, l'Etat français pouvait financer sa dette en émettant de la monnaie. Sous prétexte de contrôler "une situation d'inflation monétaire permanente"; l'on a donc jugé bon de transférer ce pouvoir vers des entités réputées plus logiques et plus rationnelles que l'Etat, à savoir.... les marchés ! Probablement l'un des plus croustillants de la série, cet article  explique très bien la "doxa" en vigueur à cette époque, et comment ce dogmatisme économique a conduit à donner aux banques privées un pouvoir impressionnant sur l'argent de l'Etat, donc notre argent à nous tous, citoyens français...

3. Aller plus loin dans le holp-up organisé : la montée de la sphère financière à partir des années 80

(Lire le 3e article ici)

Rien à ajouter sur cet excellent résumé de ce qui s'est mis en place durant cette période. Ou peut-être, juste pour souligner quelques points : 

  • Certains lanceurs d'alertes et économistes "récalcitrants" avaient dès la fin des années 80 dénoncé ces dérives (pour que certains d'entre-vous arrêtent de croire que tout économiste est forcément un néo libéral acharné adepte de la croissance consumériste destructive)
  • Parmi les raisons qui ont conduit les Etats-Unis vers cette politique, on peut probablement citer la désindustrialisation sur leur territoire (eh oui, elle avait déjà commencé) et la perte de compétitivité de leur économie. En clair, de leader ils n'en avaient que l'aura et plus vraiment les moyens, ceci dès cette époque. La lecture de "La fin du Travail" par J. Rifkin apporte beaucoup d'éclairages intéressants sur cette époque.

4. La crise des subprimes et la rivalité Europe - Etats Unis

(Lire le 4e article ici)

Dernier épisode du feuilleton, toujours aussi bon dans l'ensemble mais personnellement je nuancerai les conclusions de l'auteur. D'accord avec lui pour dire que cette crise financière devient en réalité une crise systémique, et qu'il y a une tension qui s'est instaurée entre les deux rives de l'Atlantique. Le système financier américain - et derrière lui, le modèle socio-économique actuel des Etats Unis - est en train de jouer sa survie. En ce sens, ils ont tout intérêt à plomber le plus possible l'UE. Si l'Euro disparaît, le Dollar aura un challenger en moins en tant que monnaie de réserve internationale, ce qui permettra aux Etats-Unis de continuer à financer leur endettement à pas cher, et à son système financier de continuer à s'engraisser en jouant au PMU.

Mais de là à dire que

 la seule issue sera, pour les pays de la zone euro, la banqueroute accompagnée de la sortie de l’euro et de la dévaluation. Cette deuxième conséquence, nous ne la vivons pas encore mais elle est techniquement programmée. 

Pour ma part, je n'arrive pas à adhérer à cette conclusion - sans pour autant la trouver infondée. Peut-être suis-je bêtement optimiste sur l'UE, ou plutôt beaucoup plus pessimiste sur la situation des Etats-Unis, au choix - toujours est-il qu'à date je pense que l'Euro a encore une chance raisonnable s'en sortir.

Mais là, on sort du cadre de l'économie et de ses théories pour se placer dans celui de la prospective stratégique et politique...

Les commentaires...

dimple, le 29-01-2012

cool merci...je vais pouvoir briller en societe et comprendre de quoi tu parles maintenant ! ;)

Piou, le 30-01-2012

Arf arf, tu n'avais pas besoin de ça pour briller, cher ami... :p

En tout cas, j'espère que cela apportera une modeste contribution à la grande réflexion que tu as lancée lors de notre dernière rencontre : "Pour qui allez-vous voter en 2012 ?"  

JM Masson (non vérifié), le 20-05-2012

Il me semble que "La Stratégie du Choc", de Naomi Klein est une excellente remise en perspective de ce que vous décrivez. J'appelle cela "le libéral-totalitarisme", où chaque crise est utilisée pour abasourdir davantage et enfoncer les vieux clous rouillés qui protègent le "business" des oligarchies.

Comment sortir du cercle vicieux, sans violence et progressivement?

Piou, le 20-05-2012

Merci de me faire découvrir cet ouvrage :-) : je connaissais un peu Naomi Klein, mais j'avais raté la sortie de ce bouquin (je le mets dans ma liste "à lire", mais je vais attendre d'avoir un peu de temps avant de l'attaquer parce que 700 pages... c'est du lourd !). 

Sans préjuger des idées développées par N. Klein dans ce livre, j'ai néanmoins l'impression que ce "totalitarisme libéral" comme vous l'appelez - qui utilise un état de choc de l'opinion pour faire accepter l'inacceptable - est tout de même très "made in USA", ou américain - si l'on veut élargir un peu.

En France, on ne peut pas vraiment dire qu'il y ait eu de chocs similaires qui auraient pu justifier la mise en oeuvre de lois telles que la loi "Pompidou-Giscard" mentionnée dans le billet. Ou de toutes celles qui ont été promulguées par la Gauche durant les années 80 pour déréguler la finance. Non, chez nous on n'a pas même pas cette excuse d'un évènement "choc" quelconque... L'impression que ce qui a conduit à tout cela relève de la pure idéologie et du dogmatisme d'une élite oligarchique à côté de ses pompes, persuadée qu'elle sait et comprend mieux le monde que le reste des Français. 

Comment sortir du cercle vicieux, sans violence et progressivement ?

Vous posez la bonne question - enfin, disons plutôt que je me pose la même que vous tous les trois jours environ. ;-) Mais plus on avance, plus les termes "sans violence et progressivement" me semblent sérieusement compromis, même si je garde bon espoir. 

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